Les États-Unis accélèrent leur repositionnement stratégique dans la course mondiale aux minéraux critiques. Dans ce cadre, Robert Friedland, fondateur et co-président exécutif d’Ivanhoe Mines, a pris part à la Maison Blanche au lancement de Project Vault, une réserve stratégique de minéraux critiques évaluée à 12 milliards de dollars, aux côtés du président américain Donald J. Trump. Cette initiative vise à renforcer la sécurité de la chaîne d’approvisionnement américaine en métaux indispensables aux technologies de pointe, notamment les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et les énergies renouvelables.
Project Vault repose sur un montage financier combinant 1,67 milliard de dollars de capitaux privés et un prêt de 10 milliards de dollars accordé par la Banque d’Export-Import des États-Unis (EXIM Bank). L’objectif affiché est de réduire la dépendance américaine aux chaînes d’approvisionnement dominées par l’Asie et de sécuriser l’accès à des ressources stratégiques devenues vitales pour l’économie numérique et la défense.
Dans ce contexte, la République démocratique du Congo s’impose comme un acteur central. Ivanhoe Mines, en partenariat avec la Gécamines, société minière de l’État congolais, et le négociant international Mercuria, mène des négociations avancées pour exporter vers les États-Unis le concentré de zinc issu de la mine de Kipushi, l’une des plus riches au monde. Ce concentré est particulièrement recherché en raison de sa forte teneur en germanium et en gallium, deux minéraux critiques essentiels à la fabrication de semi-conducteurs, de fibres optiques et de panneaux solaires.
La mine de Kipushi prévoit une production annuelle comprise entre 240 000 et 290 000 tonnes à l’horizon 2026, avec des ressources estimées à plus de 11 millions de tonnes. Ces volumes pourraient alimenter un nouveau complexe de raffinage aux États-Unis, notamment dans le Tennessee, contribuant ainsi à la diversification géographique des sources d’approvisionnement américaines face à l’explosion de la demande liée à l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données.
Pour la RDC, cette dynamique constitue à la fois une opportunité stratégique et un enjeu majeur. Elle confirme le rôle central du pays dans l’économie mondiale des minerais critiques, tout en posant avec acuité la question de la valorisation locale, du partage de la valeur et de la souveraineté sur des ressources devenues hautement géopolitiques. Pour Washington comme pour Kinshasa, le partenariat autour de Kipushi pourrait ainsi marquer une nouvelle étape dans les relations économiques et minières entre les deux pays.
Pierre Kabakila




