À Bruxelles, où s’est tenu du 18 au 20 novembre la très stratégique EU Raw Materials Week, l’Union européenne a tenté de rassurer : sa quête de métaux critiques nécessaires à la transition énergétique doit désormais rimer avec durabilité, transparence et responsabilité.
Dans les couloirs de L’Hotel Plaza à Bruxelles, où se mêlent représentants institutionnels, industriels, universitaires et ONG, une voix congolaise s’est particulièrement distinguée : celle de Jean-Claude Mputu, directeur adjoint de Resource Matters.
Invité à intervenir dans un panel consacré à la mise en œuvre de la nouvelle législation européenne sur les matières premières critiques, l’expert congolais a choisi un terrain hautement symbolique : le corridor de Lobito, présenté comme l’un des projets phares de la coopération Europe–Afrique.
« Le corridor de Lobito est un test de crédibilité pour l’Europe »

Face à un parterre de décideurs européens, Jean-Claude Mputu n’a pas mâché ses mots :
« Le corridor n’est pas seulement une ligne ferroviaire : c’est une chaîne de décisions politiques, une succession de risques environnementaux et un test concret de la volonté européenne de faire différemment en Afrique. »
Pour cet analyste rompu aux dynamiques minières de la RDC, le continent a trop souvent été le théâtre de mégaprojets opaques, où les communautés locales restent les grandes oubliées et où les revenus publics se diluent dans des circuits troubles.
Trois engagements pour rompre avec les pratiques du passé

Au cœur de son plaidoyer, Jean-Claude Mputu a formulé trois exigences clés pour éviter que le corridor de Lobito ne reproduise les dérives habituelles des projets extractifs :
- Publication intégrale des contrats liés au corridor
- Obligation de transparence sur tous les flux financiers
- Participation effective des communautés et de la société civile
À cela s’ajoute un appel fort : intégrer des garanties environnementales strictes dès la conception, afin d’éviter, dit-il, « une traînée invisible mais durable de dommages ».
L’électrification, talon d’Achille du développement minier

Autre axe majeur de son intervention : la question énergétique.
En RDC, moins de 20 % de la population a accès à l’électricité, tandis que le secteur minier absorbe environ 85 % de l’énergie disponible. Une absurdité pour Jean-Claude Mputu :
« Aucun développement gagnant-gagnant n’est possible si les territoires entourant la voie ferrée restent sans accès à l’énergie. »
Resource Matters plaide pour un changement de paradigme : électrifier les communautés le long du corridor grâce à des mini-réseaux solaires ; inscrire l’accès à l’énergie comme un indicateur de performance du projet ; impliquer les grandes entreprises minières et bailleurs dans le financement d’une électrification équitable.
À Bruxelles, un débat sur la durabilité et la souveraineté européennes
Au-delà du cas congolais, l’édition 2025 de la Raw Materials Week a permis de revisiter plusieurs chantiers critiques : l’avancement des projets européens liés aux matières premières, la simplification des permis, la sécurisation des investissements, et la construction de chaînes d’approvisionnement plus circulaires et moins dépendantes.
Dans un contexte géopolitique tendu, l’UE affiche sa volonté de bâtir une industrie résiliente et moins vulnérable aux turbulences mondiales. Mais pour y parvenir, les partenariats avec l’Afrique restent incontournables — et scrutés.
Une présence congolaise qui interpelle l’Europe

La participation de Jean-Claude Mputu rappelle une évidence :
l’avenir des transitions européennes se joue aussi dans les mines, les forêts, les villages et les couloirs ferroviaires d’Afrique centrale.
En bousculant les certitudes et en exigeant des comptes, l’expert congolais s’impose comme l’une des voix les plus crédibles de la société civile sur les questions de justice des ressources.
Un rappel utile pour l’Europe : la durabilité ne se décrète pas à Bruxelles, elle se construit avec les populations directement concernées.
Daniel Bawuna




