Le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo accuse l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), avec l’appui de la Force de défense rwandaise (FDR), de renforcer son contrôle sur plusieurs zones minières stratégiques du Sud-Kivu, consolidant ainsi l’accès à des ressources servant au financement de ses activités armées.
Dans son rapport à mi-parcours transmis au Conseil de sécurité par une lettre datée du 30 décembre 2025, le Groupe d’experts indique que l’AFC/M23 a poursuivi son expansion territoriale dans des zones riches en ressources minérales, notamment l’or et les minerais dits « 3T » — étain, tantale et tungstène.
Mainmise accrue sur les minerais 3T
Selon le rapport, l’AFC/M23 conserve le contrôle des principales zones d’extraction des minerais 3T autour de Lumbishi, Numbi et Nyabibwe, dans le territoire de Kalehe. Le 21 septembre 2025, le mouvement s’est également emparé de Nzibira, un carrefour stratégique du commerce des minerais situé dans le territoire de Walungu.
Cette localité joue un rôle clé dans le transit de la cassitérite et du coltan, notamment en provenance des zones minières du territoire de Shabunda. Du fait de cette expansion, les experts estiment qu’environ la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu, ainsi que plus des deux tiers de la production de wolframite, proviennent désormais de territoires sous contrôle de l’AFC/M23.
Un contrôle renforcé de l’exploitation aurifère
S’agissant de l’or, le Groupe d’experts relève que si l’essentiel de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée reste concentré dans des zones contrôlées par les FARDC et les groupes Wazalendo, plusieurs sites aurifères majeurs se situent désormais dans des territoires passés sous le contrôle de l’AFC/M23.
Il s’agit notamment du site artisanal de Luhihi, dans le territoire de Kabare, de la mine industrielle de Twangiza, dans le territoire de Mwenga, ainsi que d’une exploitation semi-mécanisée située près de Karhembu, dans le territoire de Walungu.
À Luhihi, l’exploitation artisanale de l’or s’est intensifiée après la découverte, en janvier 2025, de riches gisements sur le site de Lomera. Des images satellitaires analysées par les experts confirment une expansion rapide des activités minières. Selon des sources locales, plus de 5 000 creuseurs artisanaux y auraient travaillé au cours du premier semestre 2025.
Après avoir pris le contrôle de la zone à la mi-février, l’AFC/M23 a instauré un contrôle de facto des activités minières, remplaçant les services étatiques par un bureau minier local placé sous son autorité. Une taxe de production équivalente à 30 % du prix de vente du minerai à la bouche de mine a été mise en place, en plus d’autres prélèvements imposés aux acteurs du secteur.
Le cas stratégique de la mine de Twangiza
Le rapport indique par ailleurs que l’AFC/M23 a pris le contrôle, le 8 mai 2025, de la mine d’or industrielle de Twangiza, située dans la chefferie de Luhwindja, territoire de Mwenga, et appartenant à la société Twangiza Mining SA.
Bien que la mine ait cessé d’exporter de l’or depuis la fin de l’année 2019, elle demeure stratégique en raison de ses infrastructures de transformation, uniques dans les provinces du Kivu. L’analyse d’images satellitaires à haute résolution révèle une activité notable entre mai et septembre 2025, incluant des travaux de remise en état et la présence de plusieurs engins lourds.
Les 15 et 23 octobre 2025, les Forces armées de la RDC (FARDC) ont mené des frappes aériennes sur le site afin d’empêcher la poursuite de travaux visant à rendre la mine opérationnelle, endommageant certaines installations essentielles.
Twangiza Mining SA a dénoncé un pillage et une destruction systématiques de ses actifs, évoquant un soutien actif de la FDR. Ces accusations ont été rejetées par le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, qui affirme que la mine est inactive et que le mouvement ne dispose ni de l’expertise ni des moyens nécessaires pour exploiter une mine industrielle.
Pour le Groupe d’experts des Nations unies, la consolidation du contrôle de l’AFC/M23 sur l’or et les minerais 3T du Sud-Kivu illustre le rôle central des ressources naturelles dans la dynamique actuelle du conflit. L’occupation territoriale se transforme ainsi en une source directe de financement, contribuant au renforcement des capacités militaires et à la prolongation des violences dans l’Est de la RDC.
Pierre Kabakila




