Alors que les combats s’intensifient dans l’Est de la République démocratique du Congo, la découverte de nouveaux sites miniers dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu vient ajouter une dimension économique à une crise sécuritaire déjà explosive. À Masisi comme à Kabare, l’or et les minerais attirent creuseurs, réseaux clandestins et groupes armés, confirmant une constante du conflit congolais : les ressources naturelles restent l’un de ses principaux carburants.
Masisi : un gisement d’or sous contrôle rebelle
Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, des sources locales font état de la découverte, à la mi-décembre 2025, d’un important gisement d’or à Ruzirantaka, dans le groupement Mupfunyi-Shanga, chefferie de Bahunde, à près de 80 kilomètres de Goma. Très vite, le site serait tombé sous l’influence de l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC-M23), qui y aurait installé une exploitation illicite.
« Dès l’annonce de la découverte, les rebelles ont pris le contrôle du site. En l’absence totale de l’État, ils opèrent sans contrainte. C’est la RDC qui y perd », confie une source locale sous couvert d’anonymat.
Plusieurs rapports font état d’un appui logistique et sécuritaire extérieur, notamment en provenance du Rwanda, une accusation régulièrement formulée par Kinshasa et relayée par des experts onusiens.
Cette nouvelle exploitation intervient alors que le gouvernement congolais a maintenu, en novembre 2025, le classement « rouge » de plusieurs zones minières du Nord-Kivu, une mesure destinée à couper les sources de financement des groupes armés. Sur le terrain, son efficacité reste toutefois limitée.
Sud-Kivu : une ruée artisanale aux portes du Rwanda
Plus au sud, dans le territoire de Kabare, un autre site minier attise les convoitises. Sur la colline de Ludjo, dans le groupement de Lugendo, en bordure du lac Kivu et à proximité immédiate de la frontière rwandaise, une exploitation artisanale s’est développée ces deux derniers mois. Des centaines de jeunes, venus de villages environnants, y cherchent leur subsistance dans des conditions précaires.
Cette ruée minière dans une zone frontalière sensible inquiète les autorités locales et les observateurs, tant pour les risques sécuritaires que pour la perte de contrôle de l’État sur l’exploitation et la commercialisation des minerais. Elle illustre aussi le désarroi socio-économique d’une jeunesse confrontée au chômage et à l’insécurité chronique.
Les minerais, nerf persistant du conflit
Ces nouvelles découvertes coïncident avec une intensification des affrontements depuis le 1er janvier 2026 entre les FARDC, appuyées par leurs alliés, et la coalition AFC-M23/RDF. Les derniers rapports des Nations unies soulignent que le mouvement rebelle consolide méthodiquement son emprise sur des zones minières stratégiques, transformant l’occupation territoriale en source directe de financement militaire.
Pour Kinshasa, l’enjeu est double : reprendre le contrôle sécuritaire des territoires concernés et accélérer la formalisation du secteur minier artisanal, tout en luttant contre le pillage systématique des ressources naturelles dans les zones de conflit. Un défi de taille, dans une région où chaque nouvelle découverte minière risque de redessiner, une fois encore, les lignes de front.
Azarias Mokonzi




