La République démocratique du Congo est l’un des pays les plus nanties en ressources minières sur l’échiquier planétaire. Son sous-sol regorge tas de minerais dits stratégiques (cobalt, cuivre, lithium, or, coltan ou encore germanium…), indispensables à la transition énergétique mondiale. Pourtant, cette richesse n’a pas encore permis au pays de se hisser au rang des économies émergentes. Bien au contraire, la RDC vit au quotidien un paradoxe: celui d’un pays immensément riche en ressources naturelles, mais pauvre en développement.
La RDC détient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt et une part croissante de cuivre et de lithium, des minerais indispensables à la fabrication des batteries électriques et des technologies vertes. Le gouvernement congolais espère faire de ce potentiel un levier de transformation économique.
«Nous voulons que la RDC ne soit plus seulement un réservoir de matières premières, mais une puissance de transformation», déclarait récemment la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, en marge d’un forum économique à Kinshasa. Ostensiblement claire, cette ambition de passer d’un modèle d’exportation de produits miniers pour une économie de transformation locale et durable taraude l’esprit de nombre de dirigeants congolais. Toutefois, la route vers cette souveraineté économique pose encore problème.
Les défis de gouvernance et de transparence
La gouvernance du secteur minier se dresse comme l’un des premiers obstacles qui empêche la RDC de décoller. Malgré la mise en place du Code minier révisé de 2018, censé renforcer la participation de l’État et des communautés locales, les pratiques opaques persistent. Plusieurs audits de la Cour des comptes et de l’Inspection Générale des Finances (IGF) ont mis en évidence des cas de sous-déclaration des recettes et des irrégularités dans la perception des redevances minières.
Selon l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE-RDC), près de 40 % des flux financiers du secteur échappent encore à la traçabilité. «Trop souvent, la richesse minière ne profite pas à la population, mais à des réseaux d’intérêts privés», déplore Mr Kasongo Bin Nassor, président de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) – secteur mines.
Les entreprises minières, quant à elles, dénoncent une multiplicité d’impôts et de taxes ainsi qu’une corruption endémique. Un contrôle stratégique des minerais
Le contrôle des minerais stratégiques : une priorité nationale et géopolitique
Avec plus de 60 % de la production mondiale de cobalt et d’importantes réserves de lithium et de coltan, la RDC occupe une place stratégique dans la chaîne d’approvisionnement mondiale. L’enjeu dépasse désormais le cadre national : les grandes puissances économiques s’intéressent de près à la fiabilité, la traçabilité et la sécurisation de ces minerais critiques.
Pour le gouvernement congolais, renforcer le contrôle national signifie :sécuriser les sites de production pour éviter les intrusions et la contrebande ;tracer rigoureusement les volumes extraits, traités et exportés ;stabiliser la fiscalité grâce à une meilleure déclaration des flux ;réduire l’emprise des réseaux criminels et des exportations frauduleuses ;garantir la conformité avec les exigences internationales de “clean minerals”.
La mise en place de systèmes de traçabilité numérique, l’identification biométrique des exploitants et l’installation de centres d’achat étatiques spécialisés dans les minerais stratégiques figurent parmi les solutions actuellement envisagées.
La formalisation artisanale : un levier clé pour la mobilisation des recettes
La formalisation ne se limite pas à identifier les creuseurs : elle implique une transformation structurelle du secteur. Cela passe par :la création et l’aménagement d’un nombre suffisant de ZEA ;l’accès des coopératives artisanales aux financements, outils et formations ;la mise en place de centres de négoce officiels pour éviter les acheteurs clandestins ;une fiscalité adaptée, simple et incitative ;l’intégration des minerais artisanaux dans les chaînes officielles d’exportation.
Des initiatives pilotes — comme l’encadrement des exploitants artisanaux dans les provinces du Lualaba, du Sud-Kivu ou du Maniema — montrent qu’il est possible de convertir un secteur informel fragile en un segment économique rentable, pour peu que l’État y investisse des moyens cohérents.
Vers un nouveau modèle de gouvernance minière
Le contrôle des minerais stratégiques et la formalisation de l’exploitation artisanale sont désormais indissociables. Le premier garantit la souveraineté et la sécurité économique du pays ; le second assure une redistribution équitable et une meilleure mobilisation des recettes publiques. Ensemble, ils peuvent permettre à la RDC de transformer son immense potentiel minier en véritable moteur de développement.
Pour répondre à cette exigence l’Eta congolais a créé l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), est une nouvelle filiale de la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines), la compagnie minière d’État de la RDC intervenant dans l’exploitation industrielle, la recherche et la production de gisement de substances minérales, y compris le cuivre et le cobalt, chargée d’organiser et de formaliser le cobalt artisanal indique le rapport d’Afrewatch sur Des îlots de responsabilité ? L’approvisionnement des entreprises en cobalt artisanal en République démocratique du Congo https://www.iied.org/sites/
La bataille de la valeur ajoutée
La RDC souhaite désormais rompre avec le modèle colonial d’exportation des matières premières. Le gouvernement multiplie les annonces pour encourager la création de zones économiques spéciales (ZES), la construction d’usines de raffinage et la valorisation locale des minerais stratégiques. Des projets pilotes, comme le complexe de transformation du cuivre et du cobalt de Kolwezi, symbolisent cette volonté de créer une chaîne de valeur intégrée. Mais, les défis techniques et énergétiques demeurent.
La transformation locale nécessite une électricité abondante, une logistique fiable et un cadre fiscal incitatif. Or, le pays souffre toujours d’un déficit énergétique chronique et d’un réseau d’infrastructures défaillant. Selon la Banque africaine de développement (BAD), la RDC perd chaque année près de 1,5 milliard de dollars en raison du manque d’infrastructures adaptées pour la transformation minière.
Enjeux géopolitiques et course mondiale aux minerais
À l’échelle mondiale, la RDC se trouve au cœur d’une compétition stratégique entre puissances industrielles. Les États-Unis, la Chine, l’Union européenne et même l’Inde se disputent l’accès sécurisé aux ressources. La Chine, déjà dominante, contrôle près de 70 % des activités de raffinage du cobalt congolais, via des sociétés comme CMOC (China Molybdenum) et Zijin Mining.
Face à cette dépendance, Kinshasa cherche à rééquilibrer ses partenariats. «Nous voulons que la RDC soit un partenaire, pas un fournisseur à bas coût», a affirmé le Ministre des Mines, Kizito Pakabomba Mulume, lors du Forum Mining Week 2025 à Lubumbashi.
Un partenariat avec les États-Unis et l’Union européenne est à l’étude pour financer des infrastructures vertes et garantir une exploitation conforme aux standards environnementaux et sociaux.
Perspectives : vers une souveraineté minière durable ?
Pour transformer le potentiel minier en moteur de développement, plusieurs conditions s’imposent. Il y a, d’une part, la nécessité de renforcer la gouvernance (transparence des contrats, publication des paiements, lutte contre la corruption, implication des communautés locales…). Et d’autre part, le besoin de stabiliser le cadre juridique (donner aux investisseurs une visibilité claire et durable).
Outre ces impératives, il y a lieu de développer la transformation locale (encourager les partenariats public-privé pour créer des chaînes industrielles régionales), de protéger l’environnement et les droits humains (promouvoir une exploitation responsable et contrôlée), d’investir dans le capital humain (former des ingénieurs, géologues et techniciens congolais capables de piloter cette révolution minière).
Un tournant décisif
La RDC se trouve à la croisée des chemins. Soit elle parvient à convertir son potentiel minier en levier de développement durable et de souveraineté économique.
Le monde entre dans une ère où le cobalt et le lithium valent autant que le pétrole d’hier. Si la RDC parvient à relever les défis de gouvernance et de transparence, industrialisation et responsabilité sociale, elle pourra devenir non seulement un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale, mais aussi un modèle africain de renaissance minière.
Olivier Masini Journaliste du média en ligne Tsieleka.Com




