Pays riche en ressources naturelles, la République démocratique du Congo draine aujourd’hui des milliers d’entreprises opérant dans le secteur minier.
Nombre d’entre elles sont reconnues pour leurs activités dans l’extraction et la commercialisation des minerais. Très peu ne sont pas disposées à venir transformer localement les minerais bruts en produits finis. Aujourd’hui, l’opinion s’interroge sur l’identité des entreprises qui affluent dans le secteur minier au Congo. ‘‘Qui exploitent réellement les mines en RDC ? Comment procède-t-on pour être admis dans cet univers ?’’, se demande-t-on souvent.
Ces questions valent leur pesant d’or. Aussi bien dans les milieux de potentiels investisseurs que dans ceux des communautés vivant dans les zones convoitées, où l’on a encore du mal à comprendre comment fonctionne le secteur minier dans ce pays qualifié de ‘‘scandale géologique’’.
Au regard des données prélevées jusqu’au 31 juillet 2025, le Cadastre Minier fait état de 3.281 sociétés minières enregistrées dans ses répertoires. Ce sont ces entreprises que l’on retrouve disséminées dans les carrières et les mines en République Démocratique du Congo. Toutefois, ces entreprises ne sont pas logées à la même enseigne vis-à-vis de l’Etat congolais, eu égard à leur rapport avec les droits miniers.
Il y en a dont les droits miniers sont actifs. ‘‘Actif en force, actif en transformation de permis de recherche (PR) en permis d’exploitation (PE), actif en déchéance pour non commencement des travaux ou des opérations minières dans le délai, actif en transformation de PEPM en PE, actif en renouvellement, actif en cours de cession totale, actif en levée de force majeure…’’, rapporte le Cadastre minier.
D’autres entreprises sont ‘‘à déchoir pour non-paiement, droit déchu, demande PE approuvée, droit octroyé…’’. Il sied de relever les trois options requises pour accéder aux droits miniers dans le secteur des mines en RDC. Il importe, de prime abord, de solliciter auprès du Cadastre Minier conformément aux exigences du Code minier, le Permis de Recherche (PR) ou le Permis d’Exploitation (PE). Ensuite, il est possible de négocier et signer un contrat de partenariat avec une entreprise minière publique détentrice d’un permis d’exploitation afin de constituer une Joint-Venture (JV), en vue d’exploiter dans ses carrés miniers. C’est dans ce contexte que plusieurs multinationales viennent signer un contrat de JV.
D’autres entreprises, comme la SICOMINES, ont opté d’exploiter les minerais par convention de partenariat avec le gouvernement congolais. Faut-il rappeler que le régime conventionnel a été aboli par le code minier révisé en 2018. Les minerais qui drainent des multinationales La demande, sur le marché international, des minerais prisés par les industries pousse de plus en plus de multinationales à venir investir en RDC, quoique le climat d’affaires semble encore moins rassurant.
Voici, en général, les minerais qui attirent les entrepreneurs actifs dans ce secteur stratégique :
Le cuivre : Prisé depuis de longues années, le cuivre abonde dans l’ex-province du Katanga, au sud-ouest du pays. En Afrique, la RDC en est le 1er producteur devant la Zambie et le 5ème au monde après le Chili, le Pérou, la Chine et les Etats-Unis.
Le cobalt : Le cobalt compte aujourd’hui parmi les minerais les plus prisés sur le marché international. Sa demande, en pleine expansion sur le marché, est telle que le prix de la tonne est passé de 23.500 $ en 2016 à 95.000 $ en 2018, renseigne ‘‘Perspective Monde’’1, outil pédagogique des grandes tendances mondiales depuis 1945, produit par la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke, au Québec (Canada).
«Dérivé du cuivre, le cobalt est à ce jour un minerai convoité dans la confection de batteries rechargeables au lithium, précise ‘‘Perspective Monde’’2. Ces piles sont nécessaires au fonctionnement des voitures électriques et des téléphones intelligents. Avec un intérêt grandissant des pays et compagnies pour ce type de technologies, les besoins en cobalt ne cessent d’augmenter».
Sur l’échiquier international, la RDC est le 1er producteur mondial de cobalt, avec un gisement estimé à plus 70% des réserves mondiales, oscillant autour de 200.000 tonnes (+15% par rapport à 2016). Logé essentiellement dans le sous-sol de l’ex-Katanga, le cobalt est apprécié comme minerai stratégique – associé au cuivre ou au nickel – qui sert à la fabrication de batteries automobiles et qui est exporté en quasi-totalité vers la Chine.
L’or : L’or est produit essentiellement dans le grand Kivu, relève un document diffusé sur le site officiel de l’ambassade de France en RDC. On y retrouve environ 1100 sites et plus de 200 exploitants artisanaux recensés. La majorité de la production est artisanale. Seules 18 entreprises industrielles sont répertoriées par le ministère des mines.
Selon l’auteur du document publié sur le site de l’ambassade, la plupart de l’or produit en RDC est exporté en fraude. Son commerce n’est pas comptabilisé dans les exportations du pays. Pire, les fonds générés par le trafic de ce minerai rare alimentent des bandes armées qui pullulent dans la région.
Le coltan : Produit essentiellement dans le Kivu, le coltan est rangé aujourd’hui dans le carquois ‘‘des minerais de conflits’’ ou ‘‘minerais de sang’’. Du coltan sont extraits le niobium – autrefois appelé colombium – et le tantale. Les trois minerais sont exploités artisanalement dans le Nord et le Sud Kivu. Produit à partir du coltan, le tantale est très recherché dans la fabrication de certains composants électroniques comme les condensateurs d’ordinateurs et de téléphones portables. L’industrie électronique achèterait à cet effet 60 à 80% du tantale qui fait l’objet de contrebande avec le Rwanda.
Le zinc : Longtemps exploité par la Gécamines, le zinc est tassé dans le sous-sol de l’ex-province du Katanga. On estime la quantité produite par Ivanhoe pour l’année 2025 s’évalue entre 180000 et 24000 tonnes. L’entreprise promet de quadrupler la production cette même année.
Le Lithium : De plus en plus recherché pour alimenter l’industrie d’automobiles électriques, le lithium intéresse davantage le Gouvernement congolais, qui tient à profiter de son embellie sur le marché international, pour arrondir le fonds de son trésor public. La RDC possède, en effet, de très importantes réserves dans la province du Tanganyika, au sud-est du pays. Des prospections de divers groupes industriels, chinois et australiens sont en cours pour le lithium. Il y a des entreprises qui ont déjà de PE et vont bientôt commencer l’exploitation
L’uranium : Au regard de ses atouts dans les secteurs énergétiques et militaires, l’uranium congolais, qui a servi à la fabrication de la bombe atomique lors de la deuxième guerre mondiale, intéresse au plus haut point les puissances militaires de la planète. Aujourd’hui, il n’y a aucune exploitation dans le pays.
Le diamant : Produit par la Minière de Bakwanga (Miba) dans le grand Kasaï et au Bandundu, le diamant industriel et de joaillerie, qui drainaient nombre important d’exploitants artisanaux et plusieurs investisseurs, attire de moins en moins, au regard de la baisse d’intensité des activités.
Quelle est la cartographie actuelle du secteur minier de la RDC ? La cartographie du secteur minier en RDC s’articule autour des provinces, affirme Yvette Mwanza Mwamba, présidente de la Chambre des Mines au Conseil provincial de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) au Nord-Kivu. Certaines provinces sont cupro-cobaltifères, d’autres aurifères et stannifères [contenant de l’étain, NDLR], fait-elle remarquer.
Les premières se situent dans le sud-est de la RDC : le Lualaba, le Haut-Katanga et une partie du Haut-Lomami abritent une grande production du cuivre, du cobalt et d’autres minerais comme le zinc, le manganèse et le nickel. La majorité des entreprises minières de la RDC sont actives dans ces provinces, avec une exploitation minière industrielle, menée à grande échelle.
Les provinces du Maniema, du Nord et du Sud-Kivu sont essentiellement stannifères, avec la filière des 3 T (coltan, cassitérite et tungstène). Ces provinces sont également riches en or et pierres de couleur utilisées dans la joaillerie. À la différence du Katanga, l’exploitation minière est principalement artisanale au Kivu.
De l’autre côté, le diamant est exploité dans les provinces du Grand-Kasaï, où opère notamment la société Anhui Congo d’investissement minier (SACIM), qui exporte sa production à partir du Kasaï oriental, alors que l’entreprise publique, la MIBA, demeure dans la léthargie.
Pour sa part, l’entreprise publique Société minière de Kilo Moto (Sokimo) peine à se relancer. À l’époque, c’est l’office des mines d’or de Kilo Moto qui exploitait de l’or dans l’actuelle province de l’Ituri qui abrite également plusieurs comptoirs d’achat d’or, à Bunia principalement. De son côté, la province de la Tshopo dispose aussi de comptoirs d’achat d’or et de diamant. Le diamant de joaillerie y est également exploité.
En somme, la plus grande production minière de la RDC se trouve concentrée dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba. Le Nord-Kivu se place en tête dans la production du coltan et de la cassitérite, à travers Alphamin Bisie Mining. Le Sud-Kivu, le Maniema, le Haut Lomami ainsi qu’une partie du Tanganyika, figurent également sur la liste des provinces stannifères de la RDC. Il faut préciser que les entreprises minières en règle avec la RDC comprennent des sociétés d’État comme la Gécamines, la Sokimo ainsi que de grandes entreprises internationales qui opèrent dans le pays, telles que China Molybdenum, Glencore, AngloGold Ashanti et Kamoa Copper.
ANALYSE ET OBSERVATIONS
En écrivant cet article, l’objectif est connaitre les acteurs réels et majeurs qui exploitent les mines congolaises et l’impact de leurs activités pour la population et le pays. Après tant d’investigations, on se rend compte que ceux qui sont dans le secteur minier pour exploiter, gérer et contrôler, le font plus pour eux-mêmes que pour la population.
Ceci s’explique par la faible influence de l’exploitation minière dans le vécu quotidien des citoyens congolais. Pas d’emplois escomptés, pas de routes de qualité, pas d’hôpitaux modernes, ou d’écoles tels qu’attendus…bref, les mines sont en exploitation, mais le pays stagne. Une poignée d’individus bénéficient des dividendes grâce à leurs positions politiques.
L’Etat a l’obligation de faire tout ce qui est à son pouvoir pour que les minerais congolais profitent aux congolais d’abord, ensuite aux autres populations du monde.
Notre constat révèle ce qui suit : Plusieurs entreprises minières enregistrées au Cadastre Minier sont en situation irrégulière en rapport avec leurs permis, qu’ils soient de recherche ou d’exploitation
Le Cadastre Minier qui octroie ses Permis n’arrive pas à maitriser la situation de toutes ces entreprises et à les sanctionner conformément à la loi en vigueur ;
Plusieurs titres miniers sont tombés en déchéance, mais entreprises continuent à opérer sans être inquiétées,
La plupart des entreprises n’ont pas renouvelé les droits superficiaires annuels aux taux préférentiels
Environ 3281 entreprises sont enregistrées pour la recherche ou l’exploitation des grandes et petites mines ou des carrières, mais emplois tant attendus dans ce secteur ne sont toujours pas visibles,
Aucune de ses sociétés ne se livrent à la transformation des minerais sur le sol congolais, toutes pratiquent l’exportationChina Molybdenum, Glencore, AngloGold Ashanti et Kamoa Copper, zing Les mines en RDC sont exploitées par un mélange d’acteurs étatiques (Gécamines) et d’opérations industrielles dominées par les Chinois, et , les grandes multinationales (chinoises, canadiennes, australiennes), des milliers de mineurs artisanaux (creuseurs), souvent dans des conditions complexes et parfois illégales, le tout sous la surveillance du gouvernement qui détient des participations majoritaires dans certaines grandes concessions. La Chine domine une grande partie du secteur industriel, tandis que l’exploitation artisanale représente une part importante de la production.
Recommandations
Au gouvernement de faire respecter le Code Minier révisé de 2018 par tous les acteurs du secteur afin que les minerais puissent profiter réellement aux populations congolaises ;
Au Cadastre Minier d’obliger les entreprises non en règle de se conformer aux exigences légales et règlementaires et de retirer les titres à celles qui refuser d’obtempérer ;
Aux entreprises minières se conformer aux lois et règlements miniers en vigueur en République Démocratique du Congo ; mais aussi de projeter la transformation locale des substances minérales extraites.
Gustave TSHIBUMBU




