Dans la province du Haut-Katanga, les engagements sociaux pris par les entreprises minières au bénéfice des communautés locales demeurent largement en deçà des attentes. Ce constat a été dressé par Stéphane Sumaili Masudi, représentant des communautés locales impactées, lors d’une interview accordée à MINES.CD ce mercredi 28 janvier 2026.
Selon lui, le cahier des charges, pourtant reconnu par le Code minier comme un engagement juridique obligatoire, reste très peu respecté. Entre juin 2018 et juin 2024, sur 104 cahiers des charges attendus, seuls 41 ont été signés, soit 39,4 %. Plus préoccupant encore, le niveau de réalisation de ces engagements ne dépasserait pas 15 à 20 %.
Sur le fond, les projets annoncés — écoles, hôpitaux, infrastructures communautaires et appui à l’agriculture — demeurent, pour la plupart, à l’état de promesses. Les procédures de négociation et de signature des cahiers des charges n’auraient pas non plus respecté les exigences légales, fragilisant davantage leur mise en œuvre.
Les données du Livre blanc du Centre Carter illustrent cette faiblesse. Le budget total consacré aux cahiers des charges entre 2018 et 2024 est estimé à 11,66 millions de dollars américains, un montant représentant moins de 1 % du chiffre d’affaires des entreprises minières, au détriment des communautés bénéficiaires.
Pour expliquer cette situation, Stéphane Sumaili Masudi pointe principalement la faiblesse du contrôle de l’État, la corruption et le manque de volonté politique. Selon lui, l’absence de sanctions effectives permet à certaines entreprises de contourner la loi, tandis que les communautés locales restent insuffisamment protégées.
Il déplore également l’existence d’arrangements informels et d’accords parallèles autour des cahiers des charges, favorisés par certaines autorités qui ferment les yeux en échange d’avantages personnels. À cela s’ajoute, selon lui, une faible défense des intérêts communautaires par les institutions publiques, ce qui renforce le déséquilibre entre entreprises minières et populations locales.
Abordant les abus constatés dans certaines zones minières, notamment à Kambove, le représentant communautaire évoque aussi une responsabilité interne, soulignant que des Congolais occupant des postes clés au sein de certaines entreprises contribueraient à couvrir des dérives, y compris des actes de violence.
Face à ce constat, il appelle à une prise de conscience collective et à une meilleure sensibilisation des populations, estimant que la défense des communautés locales passe également par une responsabilité nationale accrue et un réveil effectif de l’État congolais.
Pierre Kabakila




