La coalition de la société civile Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a adressé une lettre ouverte à la Société américaine de financement du développement (DFC), exprimant de sérieuses préoccupations quant à un projet d’investissement impliquant le consortium Orion CMC et le géant minier Glencore en République démocratique du Congo (RDC).
Au cœur de l’alerte figure l’intention d’Orion CMC d’acquérir environ 40 % des actifs de Glencore en RDC, notamment dans les projets de cuivre et de cobalt de Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining, avec le soutien financier potentiel de la DFC.
Selon la CNPAV, ces actifs resteraient étroitement liés à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, sanctionné en 2017 par le Trésor américain dans le cadre de la loi Magnitsky pour corruption à grande échelle en RDC. KCC et Mutanda verseraient toujours des redevances basées sur la production (« royalties ») à des entités associées à Dan Gertler, héritées de transactions jugées opaques par plusieurs organisations et institutions internationales.
La coalition rappelle que le département américain de la Justice avait déjà mis en lumière un vaste système de corruption dans le secteur extractif congolais, notamment à travers l’accord Och-Ziff.
Des révélations médiatiques récentes, dont une enquête de Bloomberg publiée en juillet 2025, font état de versements de pots-de-vin à de hauts responsables congolais, faits que Dan Gertler aurait lui-même reconnus.
Des pertes estimées à plusieurs milliards pour la RDC
La CNPAV avance que les activités liées à ces transactions auraient causé à l’État congolais des pertes financières considérables. Entre 2010 et 2012, le Trésor américain estimait déjà ces pertes à 1,36 milliard de dollars, un chiffre que la coalition estime avoir dépassé les 2 milliards de dollars en 2021. Elle affirme par ailleurs que Dan Gertler continuerait de percevoir environ 250 000 dollars par jour via ces mécanismes de royalties.
Pour la coalition, les droits à redevances sur KCC et Mutanda auraient été obtenus illégalement, au détriment de la Gécamines et du Trésor public congolais, et devraient être considérés comme des « gains mal acquis ».
Glencore et Orion, des antécédents controversés
La lettre ouverte rappelle également que Glencore a été condamnée à verser plus d’un milliard de dollars en 2022 dans le cadre d’accords conclus avec les autorités des États-Unis, du Royaume-Uni et du Brésil pour des faits de corruption dans plusieurs pays, dont la RDC.
Quant à Orion, son passé récent en Afrique, notamment en Guinée, est mis en cause. Une enquête menée en 2025 par la Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) accuse des sociétés minières contrôlées par Orion de fraude, de mauvaise gouvernance et de corruption. Certaines de ces affaires ont donné lieu à des sanctions financières et restent sous investigation par les autorités guinéennes.
Les exigences de la société civile
Face à ces éléments, la coalition CNPAV appelle la DFC à la plus grande prudence. Elle lui recommande notamment :
- D’exiger, comme condition préalable à tout financement, que Dan Gertler cède l’ensemble de ses actifs et droits à redevances en RDC, sans compensation financière ;
- De mener une due diligence renforcée afin d’éviter toute implication avec des entreprises n’ayant pas démontré un changement réel de pratiques après des scandales de corruption.
Pour la société civile congolaise, soutenir un tel projet sans garanties claires exposerait la DFC à des risques juridiques, réputationnels et éthiques majeurs, dans un contexte où la gouvernance du secteur minier reste un enjeu central pour le développement du pays.
Pierre Kabakila




