Dans la province du Nord-Kivu, l’effervescence minière ne faiblit pas. Pourtant, derrière les promesses de développement se cache une réalité amère pour les populations autochtones : celle d’une exploitation imposée. Dans la chefferie de Bashu, l’extraction du cuivre illustre ce fossé persistant entre les textes de loi et la pratique sur le terrain.
Dans une déclaration rendue publique ce lundi 9 février 2026, Shabani Loswire, militant climat et environnementaliste, a rappelé que les communautés locales ne sont pas de simples spectatrices de l’exploitation de leurs terres. « Ces communautés locales disposent d’un droit, consacré par la loi n°22/030 du 15 juillet 2022, qui leur confère le droit d’accepter ou de refuser tout projet minier ou forestier pour des raisons spécifiques.
Sur le terrain, cependant, la réalité est tout autre. Les entreprises obtiennent l’approbation des autorités et, le plus souvent, ne consultent pas les communautés locales qui subiront les conséquences environnementales de toute exploitation minière », a-t-il fait savoir.
Ce droit repose sur le principe du Consentement libre, préalable et éclairé (CLPE). Pour Shabani, ce processus n’est pas une simple formalité administrative, mais un rempart contre les abus, permettant notamment aux populations : d’éviter les conflits fonciers et sociaux ; de s’approprier les projets de développement ; de comprendre et d’anticiper les impacts environnementaux.
L’histoire récente de Bashu est marquée par le passage de la société Graben Mining. Détentrice d’un permis d’exploitation, l’entreprise s’est installée dans des zones extrêmement sensibles.
Le bilan de cette présence reflète, selon les critiques locales, un déni de droits : aucune information n’aurait été partagée sur la durée du projet, la nature du contrat ou les impacts environnementaux réels. En agissant sans appliquer le CLPE, l’entreprise aurait porté atteinte à la dignité des communautés, aujourd’hui confrontées aux conséquences de cette exploitation.
Aujourd’hui, l’inquiétude grandit avec l’annonce d’un accord d’achat et de vente exclusif signé par l’entreprise américaine Copper Intelligence pour exploiter le cuivre de Butembo, issu des gisements de Bashu.
« Il est inadmissible que, dans une région déjà meurtrie par de multiples formes de violence armée, les ressources soient bradées sans que les premiers concernés n’aient leur mot à dire. À Bashu, par exemple, la société Graben Mining, alors titulaire du permis d’exploitation du cuivre, s’est implantée et a exploité des gisements dans des zones extrêmement sensibles sans fournir d’informations sur la durée du projet, la nature du contrat ni son impact. Pour dire, l’entreprise a agi sans appliquer le processus de consentement libre, préalable et éclairé (CLPE), un droit reconnu aux communautés locales.
À ce jour, un accord d’achat et de vente exclusif a été signé par une entreprise américaine, Copper Intelligence, pour exploiter le cuivre de Butembo, un gisement provenant de Bashu, une chefferie en proie à de multiples formes de violence armée. »
Le schéma semble se répéter : des accords signés en haut lieu, une approbation des autorités obtenue en toute discrétion et un silence persistant vis-à-vis des communautés locales.
Avant toute opération, il est jugé impératif que Copper Intelligence et les autorités compétentes rompent avec les pratiques du passé. Le respect du droit des communautés de Bashu devrait passer par : l’organisation d’une réunion transparente avec l’ensemble des membres de la communauté ; une information complète sur les risques et les bénéfices du projet ; la mise en œuvre stricte des conditions préalables formulées par les habitants.
Pour Shabani Loswire, l’exploitation minière ne peut se faire au détriment de la paix sociale et de l’environnement. « Le CLPE n’est pas une option, c’est une obligation légale et morale. Il est temps que la voix de Bashu soit entendue avant que les premières pelleteuses ne déchirent à nouveau le sol de nos ancêtres. »
Azarias Mokonzi




