Un litige diplomatique et industriel oppose la Belgique, la République démocratique du Congo (RDC) et la société minière américaine KoBold Metals autour d’archives géologiques coloniales précieuses, conservées au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) à Tervuren. Selon le Financial Times du 11 février 2026, ces millions de documents, datant de l’époque coloniale belge, pourraient révolutionner la cartographie des ressources en cuivre, cobalt et lithium de la RDC, l’un des géants mondiaux du secteur minier.
Kinshasa et KoBold Metals, start-up soutenue par Bill Gates et spécialisée dans l’exploration minière assistée par intelligence artificielle (IA), exigent un accès pour numériser ces archives. L’objectif : accélérer la découverte de gisements dans un pays qui abrite plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, essentiel aux batteries des véhicules électriques.
KoBold, qui opère déjà en Zambie et en RDC, mise sur l’IA pour analyser ces données historiques et identifier des opportunités inexploitées, renforçant ainsi l’attractivité du Congo pour les investisseurs étrangers. Mais Bruxelles bloque l’accès exclusif à KoBold. Les autorités belges considèrent ces archives comme un bien fédéral public, non délégable à une entreprise privée étrangère sans contrat étatique.
« Nous ne pouvons confier la gestion d’archives complètes à un acteur privé », insiste le MRAC, qui n’est pas partie à l’accord bilatéral RDC-KoBold.
En alternative, la Belgique met en avant un projet de numérisation financé par l’Union européenne, déjà lancé. Des copies numériques seront transmises progressivement aux autorités congolaises, qui en auront un usage souverain. Ce plan vise à préserver le patrimoine tout en favorisant la coopération bilatérale, sans impliquer d’IA privée.
Ce différend met en lumière les tensions autour des données géologiques en Afrique : d’un côté, la RDC cherche à moderniser son secteur minier pour maximiser ses revenus fiscaux face à la demande mondiale en métaux critiques ; de l’autre, les pays ex-coloniaux protègent leurs archives.
De surcroît, l’enjeu est clair : le contrôle de l’accès à ces données stratégiques pourrait redessiner la carte des investissements en RDC, évalués à plusieurs milliards de dollars annuels.
Par ailleurs, reste à voir si des négociations diplomatiques permettront de débloquer la situation, alors que la transition énergétique mondiale accélère la ruée vers le cobalt et le lithium congolais.
Daniel Bawuna




