À l’occasion d’une rencontre VIP networking organisée en marge du forum minier Mining Indaba à Cape Town, en Afrique du Sud, les échanges ont porté sur un enjeu stratégique pour l’avenir économique de la République démocratique du Congo : la maîtrise de la chaîne de valeur dans le secteur extractif.
Au cœur des discussions, l’intervention du coordonnateur de l’Initiative pour la transparence des industries extractives en RDC, Jean-Jacques Kayembe, a mis en lumière les défis structurels liés à la transformation locale des minerais et à la conformité réglementaire.
Comprendre la chaîne de valeur minière : du sous-sol au produit fini
Interrogé sur la définition concrète de la chaîne de valeur minière et sur l’action du gouvernement, le coordonnateur de l’ITIE-RDC a insisté sur la nécessité de dépasser le modèle extractif classique basé sur l’exportation des minerais bruts.
« Pendant longtemps, nous extrayons, nous exportons et nous faisons du bruit. Même si nous faisons la transparence sur ce bruit, nous resterons pauvres. »
Il explique que la valeur réelle se crée dans les étapes industrielles qui suivent l’extraction, notamment la transformation et l’industrialisation locale.
Pour illustrer cette réalité, il évoque les marchés internationaux, notamment la London Metal Exchange :
« Quand on regarde les prix du cuivre ou du cobalt sur les marchés internationaux et qu’on les multiplie par nos volumes de production, on réalise que les retombées directes pour l’État et la population restent limitées. »
Transformer localement pour capter la richesse minière
Selon Jean-Jacques Kayembe, la priorité stratégique consiste à rapatrier une partie significative de la chaîne de valeur sur le territoire national.
« S’il n’y a pas de valeur ajoutée sur le territoire national, nous resterons pauvres, même avec la transparence et la bonne gouvernance. »
Cette orientation s’inscrit dans la vision gouvernementale portée notamment dans les documents stratégiques nationaux pilotés par le Ministère du Plan de la RDC.
Il insiste sur plusieurs leviers essentiels : les infrastructures industrielles ; la production énergétique ; l’amélioration du climat des affaires ; la confiance des investisseurs.
Transparence et accès à l’information : un levier pour attirer les investissements
L’ITIE-RDC affirme jouer un rôle central dans la sécurisation de l’environnement d’investissement, notamment à travers la diffusion de l’information légale et économique.
« Nous travaillons pour rendre l’information disponible à tous : le cadre légal, les règles d’exploitation, la chaîne d’approvisionnement et la chaîne de valeur. »
L’objectif est de permettre aux investisseurs — nationaux comme étrangers — d’avoir une vision claire du cadre opérationnel en RDC.
Stabilité des lois et application effective : la priorité absolue
Au-delà des réformes législatives, le coordonnateur insiste sur un point clé : la stabilité et l’application des textes existants.
« Nous avons de très bons textes. Le plus important aujourd’hui, c’est de les appliquer. »
Il met en garde contre des révisions législatives qui pourraient fragiliser la visibilité des opérateurs :
« Même s’il faut réviser le code minier, il ne faut pas le faire pour surcharger les opérateurs. Il faut surtout améliorer la gouvernance et l’application des lois. »
Le rôle structurant de l’État : infrastructures, énergie et accompagnement
L’État est appelé à jouer un rôle moteur dans le développement des maillons industriels de la chaîne minière.
« Le gouvernement doit accompagner les projets structurants : infrastructures, énergie, environnement des affaires. »
Il reconnaît néanmoins que des efforts sont en cours :
« Le gouvernement travaille, même si cela n’est pas toujours visible. Maintenant, il faut accélérer pour profiter de la fenêtre historique de la transition énergétique. »
Transition énergétique : une opportunité historique pour la RDC
Dans un contexte mondial marqué par une forte demande en métaux critiques, la RDC dispose d’un avantage stratégique majeur.
« Nous devons profiter de ce moment où le monde a besoin des métaux que possède notre pays. »
Confiance des investisseurs : la clé de l’industrialisation
Le coordonnateur compare l’environnement économique à une relation bancaire :
« Dans le business, tout commence par la confiance. Si les investisseurs sentent un environnement stable et prévisible, ils viendront. »
Il souligne la nécessité de mieux communiquer sur les efforts déjà entrepris par l’État pour rassurer les opérateurs économiques.
Vers un nouveau modèle extractif congolais ?
Au final, le message porté lors de cette rencontre est clair : la richesse minière ne pourra réellement bénéficier au pays que si la RDC réussit sa transition vers un modèle industriel intégré.
« L’objectif est que le Congolais se retrouve dans la vraie valeur ajoutée de son secteur extractif», a conclu Jean-Jacques Kayembe, coordonnateur de l’ITIE-RDC.
Junior Ngandu




