Pratiquée de manière informelle pendant des décennies, l’exploitation artisanale est plus ancienne que l’exploitation industrielle. Le processus de sa formalisation a commencé avec le Code Minier de 2002 qui avait légalisé l’exploitation minière artisanale.
Avec sa révision de 2018, les exploitants artisanaux sont obligés de se regrouper en Coopératives. Cette activité minière artisanale en République démocratique du Congo est encadrée principalement par la Loi n° 007/2002 portant Code Minier telle que modifiée et complétée par la Loi n° 18/001 du 009 mars 2018. «Pour avoir une Coopérative minière, il faut, parmi les conditions, disposer d’un siège social, des statuts notariés, d’un arrêté du Ministère National des Mines, de relever qu’il s’agit de la présidence à vie ou tournante… reconnaitre que la Coopérative Minière vit des cotisations de ses membres», nous souffle un responsable d’une Coopérative minière basée à Kolwezi, dans la province de Lualaba. À leur genèse, les Coopératives minières sont des acteurs clés du développement communautaire.
Elles doivent contribuer non seulement à renforcer le capital humain, social et financier, mais elles ont aussi des objectifs sociaux, visant la consolidation de leur ancrage dans les territoires. « …Les principaux rôles des coopératives minières sont d’abord le rôle social, la défense des intérêts des creuseurs et la redistribution ; c’est-à-dire de différentes actions que la Coopérative mène et des opportunités qu’elle crée pour ses membres, même parfois pour l’intérêt des Communautés environnementales ; ensuite le rôle commercial et enfin le rôle de portier… »
(www.uantwerp.be/ids, juillet 2025), renseigne Espérant Mwuishamali, dans son étude intitulée ‘‘Les coopératives, les portiers des sites miniers artisanaux au Lwalaba’’. C’est effectivement le rôle social des Coopératives minières qui est plus voulu par les membres des communautés locales. Voulu positif, leur impact est censé influé sur le développement local en créant des emplois, en améliorant l’accès aux infrastructures et aux services sociaux. Dans cette perspective, la non réalisation des promesses pour le bien-être social suscite des remous et des protestations.
À titre illustratif, rapporte www.wango-infos (édition du 29 janvier 2021), des jeunes ont barricadé, le 27 et le 28 janvier, l’entrée de la cité de Kapata, commune de Dilolo, dans la province de Lualaba, où ils se sont mis à brûler des pneus, protestant contre les promesses non tenues de la seule entreprise minière de la place qui n’est pas parvenue à les embaucher… Et pourtant, la cité disposait d’une Coopérative minière dont le rôle, selon la réforme minière de 2018, consistait à faire bénéficier les populations riveraines des revenus issus du secteur minier artisanal.
Tout récemment, en septembre 2025, lors de la réouverture de la Coopérative Minière Umoja, site de Jingo, en Territoire de Djugu, dans la Province de l’Ituri, la commission mixte de contrôle a voulu «s’assurer de l’existence d’une étude d’impact environnemental et social bénéfique aux communautés locales impactées par l’exploitation de l’Or dans cette province». Cette étude devrait être considérée comme ‘‘le fondement incontournable pour le développement local, qui exige un suivi régulier et un contrôle rigoureux. Contrôle sans lequel les Coopératives minières ne contribueront qu’à peine au développement local’’.
Actrice de la Société Civile à Musonoie, Claudine Mpanga déplore un éboulement de terres sur le site de la Coopérative minière Madjeni, avec des pertes en vies humaines, sans aucune assistance sociale. «Sur le site de la Coopérative minière MADJENI, à Musonoie, un éboulement a emporté une vingtaine des vies humaines», nous confie-t-elle au cours d’un entretien qu’elle nous a accordé en septembre 2025.
«A vrai dire, nous explique-t-elle, les conditions de travail et d’emploi sont mauvaises et dangereuses. La population est, dès lors, exposée aux différents risques. Sans équipements de protection individuelle, les creuseurs travaillent pieds nus, dans des puits non étayés et non ventilés.
L’État ne fait que ramasser de l’argent sans se soucier de l’amélioration des conditions sociales des populations environnantes… ». Sur le plan du développement communautaire, le secteur artisanal a certainement aidé à réduire la pauvreté par la création d’emplois pour une main d’œuvre généreuse, au regard de ressources humaines importantes, disponibles, mais bien souvent sous employée ou pas du tout exploitée.
Faible réalisation des projets d’impact visible
Quant aux projets d’impact social visible, ils sont faiblement réalisés : pas d’accès à l’eau potable et à l’électricité, hôpitaux inexistants ou insuffisants, absence d’infrastructures de base.
À proximité de ces Coopératives minières, les conséquences néfastes sont visibles. Selon un témoin du secteur artisanal à Kalukulu, «sur le plan sanitaire et hygiénique, des maladies pulmonaires s’intensifient ; de même, la radioactivité et la propagation du VIH/SIDA».
Notre interlocuteur relève, par ailleurs, la déperdition scolaire et le taux d’analphabétisme qui, dans le secteur de l’éducation, ont pris des proportions considérables. Les résultats ne sont pas non plus élogieux sur le plan environnemental, marqué par la pollution des sources d’eau, de nappe phréatique… et par la déforestation. Et sur le plan agricole, renchérit notre observateur qui a requis l’anonymat, l’exploitation artisanale des mines est à la base de la baisse de la production agricole. Jugées plus rentables, les mines absorbent, selon lui, la plus grande part de la main d’œuvre, jadis mobilisée pour les travaux des champs.
Utopie ou illusion de développement
Comme on peut le remarquer, l’initiative d’instaurer des Coopératives minières, telle que le stipule la nouvelle législation, est généralement bien perçue dans les communautés installées dans les régions minières. Ce, d’autant qu’elles sont censées contribuer efficacement au développement des communautés locales. Mais, dans la pratique, elles ont du mal à atteindre leur noble mission.
Toutefois, en dépit des effets négatifs tels que la dégradation environnementale, les risques sanitaires et sociaux, la clé de l’impact de ces Coopératives minières, réside dans une bonne gouvernance et un soutien approprié pour que les bénéfices de ces Coopératives profitent réellement aux communautés locales. Si tel n’est pas le cas, les Coopératives minières continueront à être perçues comme ‘‘des initiatives vouées à entretenir une utopie voire une illusion de développement’’ dans les régions où elles sont implantées.
Jean-Pierre KATENDA et Martin KINGBOBE




