La rivalité pour l’accès aux minerais critiques africains franchit un nouveau cap. Face à une Chine solidement implantée sur le continent depuis plus d’une décennie, les États-Unis déploient une stratégie financière et commerciale destinée à sécuriser leurs approvisionnements en cuivre, cobalt et autres ressources indispensables à la transition énergétique mondiale.
Plutôt que d’investir directement dans l’exploitation minière, Washington privilégie des accords d’enlèvement (offtake), des garanties publiques et des partenariats commerciaux afin de rediriger une partie de la production africaine vers des chaînes de valeur alignées sur les intérêts américains. Une approche pragmatique, jugée moins risquée sur le plan politique, mais qui demeure encore limitée face à la puissance industrielle chinoise, rapporte Reuters.
La RDC, au cœur de la rivalité géoéconomique
D’après la même source, la République démocratique du Congo (RDC) constitue l’épicentre de cette compétition. Premier producteur mondial de cobalt avec plus de 70 % de l’offre globale, le pays s’impose également comme un acteur majeur du cuivre africain. En 2024, la RDC a produit environ 3,3 millions de tonnes de cuivre, consolidant sa place stratégique dans l’économie mondiale des métaux critiques.
Selon plusieurs sources diplomatiques et industrielles, la société minière publique Gécamines prévoit d’expédier cette année près de 100 000 tonnes de cuivre vers des acheteurs américains. Cette évolution intervient après la renégociation, en 2023, de certains accords de commercialisation avec des partenaires chinois, dont le groupe CMOC, opérateur du gisement de Tenke Fungurume.
« Nous observons déjà une recomposition progressive des flux miniers africains sous l’effet de l’engagement américain », souligne Thomas Scurfield, analyste à la Natural Resource Governance Institute (NRGI). « La question demeure toutefois de savoir si Washington peut rivaliser, en volume et en rapidité, avec Pékin. »
Contrairement à la Chine, qui contrôle directement de nombreux actifs miniers en Afrique centrale, les États-Unis privilégient l’activation de leviers financiers. Cette méthode permet d’éviter les risques opérationnels liés à la gestion de mines dans des environnements complexes, tout en influençant la destination finale des minerais.
« C’est une démonstration de puissance financière plus que de présence industrielle », analyse Vincent Rouget, spécialiste des risques géopolitiques. « Grâce aux accords d’enlèvement et aux circuits de négoce, Washington peut capter du cuivre congolais sans assumer les contraintes locales de l’exploitation. »
Des minerais stratégiques au cœur des enjeux technologiques
La RDC s’affirme également comme fournisseur de zinc, germanium et gallium, des métaux stratégiques pour les industries technologiques et de défense. Gécamines s’est récemment illustrée en réalisant sa première exportation de germanium transformé localement.
Malgré ces avancées américaines, la Chine conserve un avantage décisif. Ses entreprises dominent toujours plusieurs des plus grands gisements congolais, dont Tenke Fungurume et Kamoa-Kakula, et continuent d’acheminer l’essentiel de la production vers des raffineries chinoises.
À l’inverse, certains acteurs occidentaux adoptent une approche plus prudente. Présente sur plus de 3 000 km² de permis en RDC, l’entreprise KoBold Metals affirme refuser tout projet entaché de litiges fonciers ou juridiques, au nom des standards de gouvernance. Une position qui contraste avec celle de groupes chinois, souvent prêts à avancer malgré les zones d’ombre.
Cette différence est particulièrement visible à Manono, l’un des plus grands gisements de lithium non exploités au monde. Tandis que KoBold attend une clarification sur la propriété du site, le groupe chinois Zijin poursuit le développement d’infrastructures sur une partie du gisement.
Pierre Kabakila




