Un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York met en lumière l’ampleur de l’économie de guerre mise en place par le M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. L’étude décrit un système structuré, fondé sur le contrôle des ressources naturelles et connecté aux marchés internationaux via le Rwanda.
Depuis 2022, le mouvement rebelle a progressivement mis en place un dispositif fiscal et financier autonome, contournant à la fois les sanctions internationales et les restrictions imposées par Kinshasa. Privé d’accès aux circuits bancaires classiques, le M23 s’appuie sur un réseau parallèle qui lui permettrait de générer des revenus estimés à près de dix millions de dollars par mois, selon les déclarations d’un de ses dirigeants.
Ce modèle repose sur une implantation territoriale stratégique. En septembre 2025, le groupe contrôlait déjà 45 sites miniers dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, exploitant notamment le coltan, la cassitérite et l’or, des minerais essentiels aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le rapport établit par ailleurs un lien direct entre cette expansion et la croissance spectaculaire des exportations minières du Rwanda. Alors que sa production nationale officielle reste limitée, le pays a exporté pour près de 1,5 milliard de dollars d’or en 2024, avec des projections dépassant les deux milliards en 2025. Selon les chercheurs, cette hausse serait en grande partie alimentée par la contrebande d’or en provenance de la République démocratique du Congo, transitant notamment par la raffinerie Gasabo Gold Refinery.
Le cas du tantale illustre particulièrement cette dynamique. Depuis la prise de la mine de Rubaya, dans le Nord-Kivu, les exportations rwandaises de ce minerai stratégique ont fortement augmenté, générant des revenus estimés à plusieurs centaines de millions de dollars. Une évolution qui, selon le rapport, témoigne d’un transfert massif de valeur au détriment de l’économie congolaise.
Sur le terrain, les conséquences sont profondes. Dans des villes comme Goma, le tissu économique local est bouleversé par la domination croissante des circuits commerciaux liés au Rwanda, tandis que plusieurs secteurs, notamment le tourisme et l’hôtellerie, subissent un net déclin en raison de l’insécurité persistante et du retrait partiel des acteurs humanitaires.
Au-delà de la dimension sécuritaire, ce rapport met en évidence une réalité plus complexe : le conflit à l’est de la République démocratique du Congo s’inscrit désormais dans une logique économique structurée, où l’exploitation des ressources naturelles alimente directement la pérennisation des groupes armés et des réseaux qui les soutiennent.
Azarias Mokonzi




