L’image est forte : plus de 50 pays réunis à Washington pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques, avec un grand absent, le Rwanda. Face à cette mise à l’écart, le président Paul Kagame n’a pas caché son irritation, accusant la communauté internationale de « chouchouter » son homologue congolais, Félix Tshisekedi.
L’explication de Washington se veut pragmatique : les États-Unis ciblent désormais les pays détenteurs de réserves avérées. À l’échelle des enjeux technologiques mondiaux, le Rwanda ne figure pas parmi les acteurs de premier plan. La Maison-Blanche semble ainsi acter la fin du modèle des « intermédiaires régionaux » au profit de partenariats directs avec les véritables producteurs, dont la RDC constitue le pivot central.
Il est singulier d’entendre Paul Kagame dénoncer un traitement de faveur. Pendant trois décennies, son régime a été parmi les plus soutenus en Afrique : aides massives, partenariats sécuritaires et silence diplomatique sur certaines activités transfrontalières.
Aujourd’hui, la dynamique semble évoluer. Le partenariat stratégique direct signé entre les États-Unis et la RDC en décembre 2025 confirme que le centre de gravité diplomatique s’est déplacé vers Kinshasa.
L’évolution du discours de Kigali traduit une certaine fébrilité. Après des années de dénégations concernant toute présence en RDC, Paul Kagame change d’angle, affirmant désormais ne pas être au Congo pour les minerais, car « sinon il serait riche ». Ces glissements sémantiques successifs peinent à convaincre, alors que la pression internationale s’intensifie en faveur d’une traçabilité totale des ressources.
La présence active de Félix Tshisekedi à Washington consacre une nouvelle ère : celle d’une RDC qui affirme davantage sa souveraineté.
En choisissant ses partenaires et en court-circuitant les réseaux de prédation, la RDC s’oriente vers une exploitation plus transparente de ses ressources, au profit direct du peuple congolais.
L’exclusion de Kigali ne relève pas d’un simple incident protocolaire. Elle apparaît plutôt comme le signal d’un nouveau paradigme, où la légitimité liée aux ressources tend à l’emporter sur l’influence militaire régionale.
Azarias Mokonzi




