« Chaque gramme d’or déclaré, c’est une route construite, une école soutenue, un hôpital renforcé. » Par cette formule forte, le lieutenant-général Johnny Luboya N’kashama, gouverneur militaire de la province de l’Ituri, a lancé un appel pressant en faveur de la formalisation du commerce de l’or dans son entité.
L’autorité provinciale s’exprimait lundi 2 mars 2026 à Bunia lors d’une réunion de sensibilisation réunissant les opérateurs économiques du secteur minier. Face à une exploitation aurifère abondante mais faiblement bénéfique pour le développement local, le gouverneur a exhorté les exploitants à abandonner les circuits illicites au profit des canaux officiels de commercialisation.
Une richesse aurifère largement détournée
Malgré d’importants gisements situés dans les territoires de Djugu, Mahagi, Irumu et Mambasa, l’Ituri continue de faire face à une contrebande massive de l’or vers les pays voisins.
Cette fuite des ressources prive la province de recettes essentielles pour financer les infrastructures et les services publics, tout en alimentant l’insécurité dans plusieurs zones minières.
« Le comportement de certains opérateurs locaux est en grande partie responsable de cette fuite des richesses », a dénoncé le gouverneur, appelant les acteurs du secteur à devenir les « premiers remparts » contre la fraude en respectant le Code minier et les circuits officiels d’exportation.
L’engagement de la FEC, mais sous conditions
La Fédération des entreprises du Congo (FEC), section Ituri, a salué l’initiative de l’autorité provinciale. Son président, Lonema Mukwa, a rappelé que trois comptoirs d’achat d’or agréés par l’État opèrent déjà dans la province.
« Nous nous engageons à mobiliser nos membres pour réorienter les flux vers ces structures officielles d’ici la fin mars », a-t-il assuré.
Les opérateurs économiques ont toutefois profité de cette rencontre pour soulever plusieurs obstacles qui freinent la formalisation du secteur.
Des obstacles structurels dénoncés
Parmi les principaux défis évoqués figurent :
La multiplicité des taxes, jugée excessive et peu incitative pour les acteurs du secteur minier ;
Le climat des affaires, que les opérateurs souhaitent voir amélioré afin de rendre le circuit officiel plus compétitif face au marché informel.
Ces contraintes, selon eux, favorisent la persistance de la contrebande et limitent l’attractivité du système formel.
Vers une exploitation aurifère plus responsable ?
Pour le gouverneur Luboya, la formalisation du secteur aurifère constitue une condition essentielle pour transformer les richesses naturelles en développement tangible pour les populations.
« C’est de cette manière que l’or de l’Ituri pourra enfin contribuer au développement de cette province », a-t-il insisté.
Cet appel intervient dans un contexte national marqué par la volonté des autorités congolaises de renforcer la traçabilité des minerais et la transparence dans leur commercialisation, notamment à travers des mécanismes de certification et de contrôle dans la chaîne d’approvisionnement.
Reste désormais à savoir si les engagements pris par les opérateurs économiques seront suivis d’effets et si des réformes fiscales et administratives viendront soutenir cette dynamique de formalisation du secteur aurifère.
Daniel Bawuna




