La décision de la République démocratique du Congo (RDC) d’imposer des quotas stricts sur les exportations de cobalt depuis fin 2025 bouleverse profondément l’équilibre du marché mondial des métaux critiques. Cette mesure, qui vise à mieux contrôler les flux et à renforcer la souveraineté économique du pays, révèle surtout la vulnérabilité de la Chine, premier importateur et principal raffineur mondial de cobalt.
Une réforme souveraine aux implications mondiales
Premier producteur mondial avec environ 70 % de l’offre globale, la RDC occupe une position dominante sur le marché du cobalt, métal stratégique utilisé dans les batteries des véhicules électriques et le stockage d’énergie.
Après avoir suspendu ses exportations en février 2025, Kinshasa a instauré en octobre un système de quotas :
- 18 125 tonnes pour le quatrième trimestre 2025 ;
- 96 600 tonnes pour l’année 2026 ;
dont 10 % destinés à constituer une réserve stratégique.
Cette politique, portée par le président Félix Tshisekedi, vise à lutter contre la fraude, stabiliser les prix internationaux et capter davantage de valeur ajoutée au niveau national. Des sanctions sévères sont prévues contre les contrevenants, allant jusqu’à l’interdiction permanente d’exporter.
À Kinshasa, cette orientation est présentée comme un tournant vers une meilleure maîtrise des ressources stratégiques.
La Chine, premier impacté
La Chine, qui détient environ 65 % des capacités mondiales de raffinage du cobalt, dépend fortement des approvisionnements congolais, notamment sous forme d’hydroxyde de cobalt.
Or, la mise en œuvre des quotas a fortement perturbé les flux commerciaux. Les expéditions ont pratiquement cessé au quatrième trimestre 2025, le premier camion soumis au nouveau régime n’ayant quitté la RDC qu’en janvier 2026.
Conséquence :
- Les stocks à la Bourse de Wuxi ont chuté de 37 %, soit plus de 3 250 tonnes écoulées fin janvier.
- Les prix du cobalt raffiné ont bondi de 10 à 25 dollars la livre.
- La valeur payable de l’hydroxyde congolais est passée de 55 % à 100 % du prix du métal.
Cette tension a exposé la fragilité d’un modèle industriel fortement concentré sur une seule source d’approvisionnement.
D’un excédent à un déficit mondial
Le marché mondial, jusque-là marqué par un excédent structurel, pourrait basculer vers un déficit dès 2026. En 2025, les prix du cobalt métal ont été multipliés par deux, tandis que ceux de l’hydroxyde ont été multipliés par quatre.
Certains producteurs internationaux, comme Glencore, soutiennent la politique de quotas, y voyant un mécanisme de stabilisation du marché. D’autres acteurs, notamment CMOC, se montrent plus réservés.
Toutefois, cette stratégie comporte aussi des risques pour la RDC :
- montée en puissance de producteurs concurrents comme l’Indonésie ;
- développement accéléré du recyclage ;
- recherche de batteries alternatives sans cobalt.
La pression pourrait, à terme, éroder la position dominante congolaise si le marché s’adapte durablement.
Souveraineté renforcée, inquiétudes persistantes
À Kinshasa, ces mesures sont perçues comme un instrument de souveraineté économique. En limitant les volumes exportés, la RDC consolide son levier stratégique dans la chaîne mondiale des métaux critiques, essentiels à la transition énergétique.
Mais des inquiétudes émergent concernant la transparence dans l’allocation des quotas. Certains observateurs redoutent des pratiques opaques susceptibles d’alimenter des soupçons de favoritisme ou de corruption.
Malgré un report de l’application complète des quotas 2025 jusqu’au 31 mars 2026, les tensions persistent. Les expéditions vers la Chine prennent désormais jusqu’à trois mois, accentuant la volatilité du marché.
Un nouvel équilibre géopolitique des métaux critiques
Au-delà des fluctuations de prix, la décision congolaise marque un tournant stratégique. Elle rappelle que la transition énergétique mondiale repose sur des chaînes d’approvisionnement concentrées et politiquement sensibles.
En utilisant le cobalt comme levier, la RDC redéfinit les rapports de force dans le secteur minier mondial et contraint Pékin à accélérer la diversification de ses sources d’approvisionnement.
Le cobalt congolais n’est plus seulement un minerai : il devient un instrument de puissance dans la compétition mondiale pour les métaux critiques.
Daniel Bawuna




