Dans un paysage minier congolais encore largement dominé par l’exportation de minerais bruts, le député national Thierry Mulumba Mpandanjila veut provoquer un tournant stratégique. En conférence à l’Université Officielle de Mbuji-Mayi (UOM), dixième étape de sa tournée nationale, il a présenté sa proposition de loi-cadre sur la transformation locale et le développement des chaînes de valeur des minerais.
Déposée le 29 octobre 2025 à l’Assemblée nationale, cette initiative législative entend combler un vide juridique majeur : l’absence d’un cadre structurant pour le raffinage, la fabrication de produits semi-finis et finis, ainsi que le recyclage — des segments qui concentrent jusqu’à 90 % de la valeur finale des produits miniers.
Un constat : la RDC capte à peine 10 % de la valeur
Devant un auditoire composé de professeurs, chercheurs et étudiants, l’élu a dressé un diagnostic sans détour :
« Le Code minier régit l’exploration et l’extraction, mais tout ce qui suit reste dans un flou juridique. »
Conséquence, selon lui : la République démocratique du Congo, pourtant géant mondial des minerais critiques — cobalt, coltan, cuivre, diamants — ne capterait en moyenne qu’environ 10 % de la valeur ajoutée, laissant l’essentiel des marges aux raffineries et industries étrangères.
Il cite notamment le cas du diamant industriel (boart), dont le pays figure parmi les principaux producteurs mondiaux. Ses applications dans le nucléaire, l’électronique, la médecine ou encore la défense pourraient, à en croire le député, générer des retombées économiques considérables si une transformation structurée était opérée localement.
La loi-cadre proposée vise ainsi à intégrer juridiquement ces maillons post-extractifs, afin d’attirer investissements, technologies et unités industrielles sur le sol congolais.
Une ambition alignée sur les enjeux géopolitiques
Le calendrier n’est pas anodin. À l’heure où la transition énergétique et numérique intensifie la compétition mondiale pour les minerais stratégiques, les grandes puissances — États-Unis, Chine, Union européenne — cherchent à sécuriser leurs approvisionnements.
Dans ce contexte, la RDC, dotée d’un potentiel géologique exceptionnel, doit selon l’initiateur du texte se positionner non plus seulement comme fournisseur de matières premières, mais comme acteur intégré des chaînes de valeur mondiales.
La proposition s’inscrit également dans la vision d’industrialisation portée par le Président Félix Tshisekedi, qui place la transformation locale au cœur du programme économique national.
Parmi les objectifs affichés : maximiser la valeur ajoutée locale et accroître les recettes publiques ; soutenir une industrialisation durable et renforcer la souveraineté économique ; développer les compétences nationales et favoriser le transfert de technologies ; encourager les investissements structurants en infrastructures ; ainsi que créer des emplois qualifiés et stables.
L’appel à l’académie : penser l’après-loi
Au-delà du texte législatif, Thierry Mulumba Mpandanjila a lancé un concours interuniversitaire destiné à alimenter la réflexion stratégique. Les établissements d’enseignement supérieur sont invités à proposer : des scénarios de croissance économique post-adoption de la loi ; des stratégies de positionnement de la RDC dans la transition énergétique et numérique ;
des projets industriels de transformation locale adaptés aux réalités nationales et provinciales ; et des initiatives intersectorielles intégrant énergie, logistique et financement.
« Les défis sont connus : énergie, infrastructures, gouvernance, financement. Mais aucun pays ne s’est industrialisé sans les affronter », a-t-il insisté, plaidant pour une transformation locale progressive, arrimée à un développement programmé des infrastructures.
Un pari sur la souveraineté économique
En toile de fond, la Loi Mpandanjila ambitionne d’ouvrir un nouveau cycle : partenariats public-privé, incitations fiscales pour les unités industrielles locales, cadre juridique stable pour structurer les chaînes de valeur.
Reste désormais à transformer l’intention politique en adoption parlementaire, puis en mise en œuvre effective. Car si la RDC dispose des minerais, le défi consiste à bâtir l’écosystème industriel capable d’en capter la richesse.
Daniel Bawuna




