La République démocratique du Congo, longtemps identifiée au cuivre et au cobalt, s’apprête peut-être à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire minière. Devant le Conseil des ministres, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a levé le voile sur un projet aux ambitions hors normes : les Mines de Fer de la Grande Orientale (MIFOR). Une initiative qui, au-delà de l’extraction, entend refonder le rapport du pays à ses ressources stratégiques.
Avec des réserves estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes de minerai de fer, affichant une teneur moyenne supérieure à 60 %, la RDC se positionne d’emblée parmi les plus importants détenteurs mondiaux de ressources ferrifères encore largement inexploitées. Une richesse dormante que Kinshasa veut désormais convertir en levier de puissance économique durable.
Un projet minier… et bien plus encore
Pensé comme un projet structurant à l’échelle nationale, MIFOR dépasse le schéma classique de l’exploitation minière. Dans la vision portée par Louis Watum Kabamba, la mine n’est plus une fin en soi, mais un instrument financier et industriel destiné à bâtir des infrastructures souveraines, générer des revenus de long terme et soutenir la stabilité macroéconomique du pays.
La première phase prévoit une production annuelle de 50 millions de tonnes, avec une montée en puissance progressive pouvant atteindre 300 millions de tonnes, des volumes comparables à ceux des grands bassins ferrifères d’Australie ou du Brésil. Une telle ambition suppose un écosystème industriel complet : unités de transformation, sidérurgie locale, mais aussi un corridor logistique multimodal intégrant rail lourd, navigation fluviale sur le fleuve Congo et accès stratégique au port en eaux profondes de Banana.
Des chiffres qui changent d’échelle
Sur le plan financier, les projections donnent la mesure du pari. Le projet table sur 28,9 milliards de dollars d’investissements initiaux, pour un chiffre d’affaires cumulé estimé à 679 milliards de dollars sur 25 ans, et un cash-flow net supérieur à 308 milliards de dollars. Des chiffres qui, s’ils se concrétisent, pourraient profondément modifier la structure des recettes publiques congolaises.
Après plus d’un siècle de dépendance quasi exclusive aux minerais du Katanga, MIFOR incarne une diversification minière stratégique, susceptible d’amorcer une industrialisation progressive et une meilleure intégration territoriale, notamment dans l’Est et le Nord-Est du pays.
Souveraineté et attractivité internationale
Le projet suscite déjà l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux, un signal fort en matière de crédibilité et de bancabilité. Kinshasa se veut toutefois prudente : aucun engagement juridique définitif n’a encore été pris, l’État entendant préserver pleinement ses prérogatives souveraines dans la structuration du projet.
Pour garantir une gouvernance rigoureuse, le ministre des Mines a obtenu la création d’une Commission interministérielle élargie, chargée d’assurer la coordination stratégique, l’évaluation technique et la montée en puissance progressive de MIFOR.
Un changement de paradigme
Avec MIFOR, la RDC affiche une ambition claire : ne plus se contenter d’exporter des minerais bruts, mais inscrire ses ressources dans une logique industrielle, financière et géopolitique de long terme. Dans un contexte mondial marqué par la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et la quête de nouveaux pôles de production, le fer de la Grande Orientale pourrait devenir un atout majeur.
Reste désormais l’épreuve de la mise en œuvre. Car en RDC, comme ailleurs, la réussite d’un tel projet dépendra autant de la vision stratégique que de la capacité de l’État à garantir gouvernance, stabilité et transparence.
Junior Ngandu




