L’administration américaine franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en énergie et en minerais critiques. Le conseil d’administration de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a validé une série d’opérations financières destinées à soutenir, hors du territoire américain, des projets jugés stratégiques.
Si les projets concernés n’ont pas été rendus publics, l’agence précise que l’Afrique figure parmi les zones prioritaires de ce nouveau cycle d’investissements. Washington entend y conjuguer objectifs économiques, impératifs de sécurité nationale et partenariats durables avec des États considérés comme clés dans la compétition mondiale autour des ressources stratégiques.
La finance comme levier géopolitique
Pour la DFC, il s’agit d’utiliser la puissance financière américaine comme outil d’influence. Son directeur général, Ben Black, a souligné que ces décisions reflètent « une gestion prudente des capitaux publics au service des intérêts stratégiques américains », mettant en avant le rôle central des minerais critiques et de l’énergie dans la rivalité économique internationale.
À ce stade, les opérations approuvées restent confidentielles. Leur mise en œuvre dépendra notamment d’une notification formelle au Congrès des États-Unis, préalable obligatoire avant tout décaissement.
Une DFC aux moyens renforcés
Cette séquence s’inscrit dans un contexte d’évolution institutionnelle. Le Congrès américain a récemment élargi le mandat de la DFC, en supprimant certaines contraintes géographiques, en portant son plafond d’intervention à 205 milliards de dollars et en renforçant ses capacités d’investissement, notamment en fonds propres via un mécanisme de financement rotatif.
L’objectif est clair : rendre l’outil plus agile et plus compétitif face aux autres puissances actives en Afrique, notamment dans les secteurs stratégiques.
Coordination avec l’Union africaine
En parallèle, Washington intensifie sa coopération avec les institutions africaines. Un groupe de travail conjoint sur les infrastructures et l’investissement a été lancé à la mi-février avec la Commission de l’Union africaine, afin de transformer les priorités politiques en projets bancables.
Les corridors économiques sont présentés comme des instruments structurants pour dynamiser les échanges et renforcer l’intégration régionale. Un projet pilote transfrontalier est actuellement à l’étude, avec la République démocratique du Congo citée parmi les pays concernés, dans une possible configuration incluant le Rwanda.
Sélectivité et rentabilité
Les autorités américaines précisent que seuls les projets présentant une rentabilité économique avérée et une compatibilité avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine seront retenus. Outre la DFC, d’autres instruments financiers devraient être mobilisés, notamment la Export-Import Bank of the United States, ainsi que des institutions multilatérales.
Les secteurs ciblés couvrent prioritairement les infrastructures et les chaînes de valeur liées aux minerais critiques, au cœur de la transition énergétique mondiale.
Washington invite enfin les États africains et les acteurs privés à identifier les obstacles réglementaires et à proposer des projets structurants susceptibles d’attirer des financements internationaux.
Pierre Kabakila




