À l’occasion d’une session tenue le 11 février en marge du forum Mining Indaba, le Directeur général du Cadastre Minier (CAMI), Popol Mabolia Yenga, a accordé une interview à Mines.cd dans laquelle il a plaidé pour une formalisation inclusive de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMA).
S’exprimant devant un public international, il a développé une approche pragmatique centrée sur les réalités sociales en République démocratique du Congo, où entre deux et trois millions de jeunes tirent aujourd’hui leurs revenus de l’activité minière artisanale.
Une lecture sociale de l’exploitation artisanale
Selon le DG du CAMI, l’exploitation artisanale ne peut être analysée uniquement sous l’angle réglementaire. Elle constitue aussi une réponse à la précarité de l’emploi.
« L’exploitation artisanale est une réalité qui frappe de plein fouet. Ce sont deux à trois millions de jeunes en quête d’emploi. Il faut comprendre leur situation et chercher comment formaliser leur activité », a-t-il expliqué.
Il a notamment rappelé que, pendant longtemps, la formalisation reposait essentiellement sur la traçabilité des minerais dès l’extraction, une approche jugée aujourd’hui insuffisante face aux enjeux humains et économiques.
Plutôt que de stigmatiser les creuseurs, Popol Mabolia a appelé à une approche basée sur la tolérance, l’encadrement et l’intégration progressive dans l’économie formelle.
Vers des mécanismes sociaux et assurantiels pour les creuseurs

Dans cette dynamique, il a salué les initiatives portées par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, visant à développer des mécanismes d’assurance adaptés aux creuseurs artisanaux, en partenariat avec des compagnies d’assurance.
Selon lui, même une contribution mensuelle modeste — estimée autour de 40 dollars — constitue déjà une avancée majeure vers la formalisation et la sécurisation sociale des travailleurs du secteur.
Cette approche pourrait être renforcée par la politique de couverture santé universelle impulsée par le Président de la République, Félix Tshisekedi, contribuant ainsi à mieux protéger cette frange importante de la population active.
Coopératives et Code minier : des outils déjà disponibles
Le Code minier congolais prévoit déjà des mécanismes favorisant l’organisation des exploitants artisanaux, notamment à travers la création de coopératives pouvant accéder aux permis de petite mine.
Pour Popol Mabolia, l’un des principaux défis reste culturel.
« Il faut beaucoup de pédagogie pour faire comprendre que l’union fait la force. L’individualisme freine encore le secteur. En s’organisant, les exploitants deviennent plus solides économiquement et plus crédibles institutionnellement », a-t-il insisté.
Formaliser pour créer de la valeur et stabiliser le secteur
À l’heure où la RDC cherche à maximiser la valeur ajoutée issue de ses ressources minières, la formalisation de l’exploitation minière artisanale apparaît désormais comme un levier stratégique.
Au-delà de la conformité réglementaire, il s’agit, selon Popol Mabolia, d’une opportunité humaine et économique : protéger les creuseurs, structurer leur activité et les intégrer pleinement dans la chaîne de valeur minière.
Un modèle qui, à terme, pourrait servir de référence pour plusieurs pays de la région des Grands Lacs confrontés aux mêmes défis.
Daniel Bawuna




