La société publique de négoce d’or DRC Gold Trading s’apprête à franchir un nouveau cap dans la structuration du secteur aurifère artisanal en République démocratique du Congo. Après avoir collecté près de 10 tonnes d’or artisanal au cours des trois dernières années, l’entreprise ambitionne désormais d’atteindre 15 tonnes métriques dès cette année 2026, avec la Banque Centrale du Congo (BCC) comme acheteur prioritaire.
Cette accélération illustre la volonté du gouvernement congolais de rapatrier l’or issu de l’exploitation artisanale vers les circuits officiels, dans un pays considéré comme l’un des géants mondiaux des ressources minières.
Une stratégie pour formaliser l’or artisanal
Créée en décembre 2022 comme une coentreprise avec les Émirats arabes unis, DRC Gold Trading a pris un tournant stratégique en 2024 lorsque l’État congolais a renforcé son contrôle sur les flux d’or artisanal.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains, notamment en Ouganda, au Ghana et au Soudan, où les autorités cherchent à mieux encadrer l’exploitation artisanale et à réduire la contrebande.
Un accord signé en février entre la société et la Banque Centrale du Congo garantit à cette dernière un accès prioritaire aux volumes collectés, dans l’objectif de renforcer les réserves nationales.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, l’inflation et les débats sur la dédollarisation, plusieurs banques centrales — notamment celles de Chine et de Russie — multiplient en effet leurs acquisitions d’or pour consolider leurs réserves.
Selon Joseph Kazibaziba, directeur général de DRC Gold Trading :
« Le pricing suivra les benchmarks internationaux et nos réglementations nationales. Les volumes dépendront des demandes de la BCC. »
Malgré l’intérêt manifesté par plus de 45 acheteurs étrangers, l’accumulation des réserves nationales reste la priorité.
Un déploiement dans plusieurs provinces minières
L’entreprise, qui ne collectait qu’environ 25 kilogrammes d’or par an jusqu’en 2023, a considérablement élargi son champ d’action.
Ses opérations couvrent désormais neuf provinces minières stratégiques : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo, Maniema, Lualaba, Haut-Lomami et Haut-Katanga.
Un boom artisanal sous tension
La flambée des prix de l’or — dépassant 2 600 dollars l’once sur les marchés internationaux — stimule fortement l’exploitation artisanale en RDC.
Cependant, le manque de traçabilité favorise une contrebande massive, notamment vers l’Ouganda, le Rwanda ou encore Dubaï, privant l’État congolais de centaines de millions de dollars de recettes fiscales chaque année.
Pour inverser cette tendance, DRC Gold Trading mise sur plusieurs leviers : la formalisation des chaînes d’approvisionnement ; l’achat direct auprès des creuseurs artisanaux ; ainsi que des partenariats avec les Sociétés d’Approvisionnement et d’Évacuation (SAE) afin de sécuriser les circuits officiels.
« Nous respectons pleinement nos obligations envers la BCC. Tout excédent ira aux partenaires internationaux une fois les réserves nationales renforcées », a assuré Joseph Kazibaziba.
Un enjeu stratégique pour l’économie congolaise
L’offensive de l’État intervient à un moment clé. L’or artisanal représenterait près de 80 % de la production nationale, estimée officiellement à environ 40 tonnes par an, mais seulement 20 à 30 % de ces volumes transiteraient par les circuits légaux.
Si les objectifs de DRC Gold Trading sont atteints, les autorités espèrent générer près d’un milliard de dollars de revenus d’exportation d’ici 2027, tout en favorisant la création de milliers d’emplois formalisés dans la filière aurifère.
Des défis demeurent toutefois : l’insécurité persistante dans l’Est du pays, la volatilité des prix de l’or et la concurrence des raffineries asiatiques.
Dan Bawuna




