Lors de la Conférence « Mémoire contre l’oubli », organisée par le ministère de la Communication et des Médias, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a livré une analyse cinglante de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Pour l’ancien gouverneur du Nord-Kivu, le narratif sécuritaire lié à la traque des groupes rebelles ne serait qu’un écran de fumée masquant une prédation économique d’une ampleur inédite.
Le constat dressé par Julien Paluku se veut à la fois mathématique et alarmant. Alors que le Rwanda ne dispose pas de gisements miniers majeurs dans son sous-sol, ses revenus d’exportation de minerais ont connu une croissance exponentielle, coïncidant avec les périodes d’occupation et d’instabilité dans le Nord et le Sud-Kivu.
« Lorsque j’ai été élu gouverneur en 2007, les revenus du secteur minier rwandais étaient estimés à 70 millions de dollars. La prédation opérée notamment par le RCD et le CNDP a contribué à faire évoluer ces revenus. Aujourd’hui, en 2025, les revenus annuels du Rwanda issus du secteur minier s’élèvent à environ 2 milliards de dollars. On est passé de 70 millions à 2 milliards de dollars », a indiqué Julien Paluku.
Selon le ministre, l’extension des hostilités vers la province du Sud-Kivu répondrait à une logique essentiellement financière. L’objectif ne serait plus la neutralisation de menaces sécuritaires, mais le contrôle des ressources aurifères congolaises.
Julien Paluku estime que la réaction de Kigali s’est intensifiée lorsque le président Félix Tshisekedi a décidé de reprendre le contrôle de la filière aurifère. Grâce à la création de Primeira Gold, devenue Congo Gold Trading — une joint-venture avec des partenaires des Émirats arabes unis — la RDC a vu ses exportations officielles passer de quelques kilos par an à près de 800 kilos d’or par mois.
« Pendant plus de 20 ans, la RDC n’exportait qu’environ 2 à 6 kilos d’or par an. Lorsque le président a compris que tout l’or partait vers le Rwanda, il a mis en place une joint-venture avec une société des Émirats arabes unis. La production est alors passée à 800 kilos d’or par mois. Les zones de production concernaient le Sud-Kivu et le Nord-Kivu. Le Rwanda a donc rapidement compris qu’il fallait attaquer le Sud-Kivu pour poursuivre ce deuxième FDLR, qui s’appelle l’or. Chaque fois que vous entendez parler des FDLR, ne pensez pas aux humains. Pensez d’abord aux récoltes, puis aux minéraux. C’est pour cette raison que les revenus annuels du Rwanda ont explosé », a-t-il ajouté.
Cette transparence retrouvée du côté congolais représenterait, selon lui, un manque à gagner considérable pour les circuits illicites orientés vers Kigali.
L’intervention du ministre, lors de cette conférence thématique, visait à sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur ce qu’il considère comme les véritables motivations de l’agression rwandaise.
Contrairement aux crises précédentes, la situation actuelle se caractériserait par une volonté d’appropriation directe des ressources de production, au détriment de l’intégrité territoriale congolaise. La bataille pour le contrôle du Sud-Kivu marquerait ainsi un tournant dans cette guerre des ressources, où les minerais deviennent des cibles prioritaires, sous couvert de justifications sécuritaires.
Azarias Mokonzi




