L’alerte reste maximale autour du dossier de pollution attribuée à la société minière Congo Dongfang International Mining (CDM). Dans un communiqué publié à Lubumbashi, l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH) salue l’aboutissement des travaux de la commission interministérielle spéciale, tout en dénonçant des mesures de réparation jugées largement insuffisantes et mal exécutées sur le terrain.
Une catastrophe environnementale et sanitaire d’ampleur exceptionnelle
Selon les conclusions validées par la commission, plus de 2,5 millions de mètres cubes de lixiviat acide se sont déversés dans des zones densément peuplées. Les analyses révèlent un niveau d’acidité extrêmement élevé, avec un pH de 2,5, soit environ 10 000 fois au-dessus des normes admises par l’Organisation mondiale de la Santé.
Les concentrations de métaux lourds atteignent également des niveaux alarmants :
Cuivre : 5 540 mg/L
Cobalt : 5 268 mg/L
Présence toxique d’arsenic, cadmium, nickel, plomb et chrome
Ces substances sont considérées comme des perturbateurs endocriniens par l’OMS et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, avec des risques sanitaires potentiellement transgénérationnels.
Réparations financières : des montants contestés
Le gouvernement a infligé une sanction financière de plus de 6,6 millions USD à CDM. Si ce montant est jugé conforme aux dispositions légales, l’IRDH estime en revanche que la réparation collective de 6 millions USD reste dérisoire au regard des dommages subis par les populations.
Sur le terrain, l’organisation dénonce un non-respect des engagements :
Seulement 4 puits réalisés sur les 15 exigés en urgence
Confusion entre obligations de réparation et actions philanthropiques
Retards dans l’exécution des projets communautaires déjà budgétisés
Parmi les projets en attente figurent l’électrification de quartiers, l’appui à la scolarisation d’enfants affectés, ainsi que la réhabilitation d’infrastructures routières locales.
Les communautés réclament une réparation intégrale
Les populations touchées revendiquent l’application stricte du principe du « pollueur-payeur » et réclament une indemnisation globale de 100 millions USD. Ce fonds servirait notamment à financer la création d’un centre médical spécialisé dans le suivi des pathologies liées à l’activité minière.
Ce centre viserait à : assurer le suivi sanitaire sur plusieurs générations ; développer la recherche sur les maladies liées aux métaux lourds ; renforcer les capacités du système de santé local ; ainsi que constituer une base de données épidémiologique durable.
Un dossier inscrit dans une dynamique internationale
L’IRDH rappelle que les exigences formulées s’inscrivent dans la tendance mondiale en matière de responsabilité environnementale des entreprises minières. Plusieurs précédents internationaux, impliquant de grandes compagnies minières, ont abouti à des réparations de plusieurs milliards de dollars.
Pour les organisations de défense des droits humains, ce dossier constitue un test déterminant pour la crédibilité du cadre réglementaire congolais et la protection effective des communautés affectées par l’exploitation minière.
Alors que la RDC cherche à renforcer son attractivité minière, la gestion de cette crise environnementale pourrait devenir un cas d’école sur l’équilibre entre exploitation des ressources naturelles, responsabilité industrielle et justice sociale.
Junior Ngandu




