Depuis près de trente ans, l’Est de la République démocratique du Congo demeure enlisé dans une instabilité chronique. Si les violences sont souvent expliquées par des enjeux sécuritaires ou communautaires, une lecture plus économique du conflit refait surface avec insistance : celle d’une guerre alimentée par la convoitise des ressources naturelles.
Cette thèse a été récemment remise en lumière par Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu. S’exprimant lors d’un briefing de presse organisé par Patrick Muyaya, il a évoqué sans détour l’importance stratégique des minerais dans la persistance du conflit.
Selon lui, le sous-sol du Sud-Kivu recèle des richesses d’une ampleur exceptionnelle, surpassant même, à certains égards, celles du Grand Katanga. Cassitérite, coltan, or, wolframite : ces minerais déjà exploités ne représenteraient qu’une fraction du potentiel réel de la province. D’importants gisements de lithium, de cobalt, de cuivre ou de manganèse, encore peu ou pas exploités, renforcent davantage l’intérêt économique de la région à l’échelle mondiale.
Mais cette abondance contraste fortement avec les conditions de vie des populations locales. Malgré un sous-sol riche, l’Est congolais reste marqué par la pauvreté, l’insécurité persistante et un déficit criant d’infrastructures. Un paradoxe qui alimente les interrogations sur la gestion et la gouvernance du secteur extractif.
Les autorités provinciales pointent notamment l’exploitation illégale comme l’un des principaux facteurs de déséquilibre. D’après les révélations du gouverneur, des centaines, voire des milliers d’entreprises opéreraient en dehors de tout cadre légal. Certaines d’entre elles, affirme-t-il, exploiteraient les ressources depuis des bases situées à l’étranger, notamment au Rwanda.
Face à cette situation, une décision radicale avait été prise en juillet 2024 : la suspension des activités minières sur l’ensemble du territoire du Sud-Kivu.
Une mesure destinée à assainir le secteur et à identifier les opérateurs en règle. Toutefois, de nombreux observateurs estiment que cette initiative, bien que significative, reste insuffisante sans réformes profondes et durables.
Au-delà des responsabilités extérieures souvent évoquées, la question de la gouvernance interne demeure centrale. L’absence de contrôle efficace, la faiblesse des mécanismes de régulation et le manque de transparence continuent de priver l’État congolais de revenus essentiels.
À l’heure où les autorités congolaises affichent leur volonté de reprendre le contrôle du secteur minier, les déclarations de Jean-Jacques Purusi viennent rappeler l’urgence d’une réponse globale. Entre sécurisation du territoire, régulation stricte des activités extractives et renforcement de la transparence, les défis restent immenses. La stabilisation durable de l’Est de la République démocratique du Congo dépendra en grande partie de la capacité de l’État à transformer ses ressources naturelles en un véritable levier de développement, au bénéfice de toute la population.
Pierre Kabakila




