Les politiques de souveraineté minière adoptées par plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo, le Zimbabwe et la Guinée, redessinent les équilibres du marché mondial des métaux stratégiques. En cherchant à imposer le raffinage local, ces États mettent sous pression les entreprises chinoises qui dominaient jusqu’ici la chaîne d’approvisionnement des minerais essentiels aux batteries.
Depuis plus d’une décennie, des groupes comme CMOC Group Ltd., Sinomine Resource Group ou Zhejiang Huayou Cobalt ont massivement investi en Afrique pour sécuriser l’accès au cobalt, au lithium et à la bauxite. En RDC, leader mondial du cobalt, CMOC Group Ltd. a engagé près de 9 milliards de dollars depuis 2016 dans ses actifs cuivre-cobalt, auxquels s’ajoute un récent projet d’expansion de 1,1 milliard de dollars. Cette stratégie a contribué à un doublement de la production congolaise de cobalt en l’espace de trois ans.
Des quotas qui perturbent les exportations
Mais la dynamique s’est brusquement enrayée avec l’introduction de quotas d’exportation par Kinshasa, en remplacement d’une interdiction totale instaurée auparavant. Si les expéditions ont repris, elles restent largement en deçà des niveaux habituels, freinées par des lenteurs administratives. Dans ce contexte, CMOC Group Ltd. ne serait autorisé à exporter qu’environ un quart de sa production de 2024.
Cette situation crée un effet domino sur l’ensemble de la chaîne. Le cobalt, souvent extrait comme sous-produit du cuivre, s’accumule sous forme de stocks excédentaires, alors même que la RDC cherche à accroître sa production de cuivre. Ces déséquilibres alimentent les tensions sur les marchés.
Une flambée des prix mondiaux
Les perturbations observées ont eu un impact direct sur les prix. Le cobalt de référence a connu une hausse spectaculaire, dépassant les 160 %, tandis que l’hydroxyde de cobalt, principal produit exporté par la RDC, a vu sa valeur multipliée par quatre, selon des analystes du marché.
Pour les raffineurs chinois, fortement dépendants des importations congolaises, la situation devient critique. D’après BloombergNEF, plus de la moitié de leurs approvisionnements en cobalt provient de la RDC, ce qui accentue leur vulnérabilité face aux décisions souveraines africaines.
Le nationalisme des ressources en toile de fond
Pour Christopher Edyegu, analyste chez Africa Risk Consulting, ces évolutions traduisent une montée du nationalisme des ressources dans un contexte de rivalités géopolitiques autour des minerais critiques. « Ces changements politiques constituent un défi majeur », souligne-t-il.
Au Zimbabwe, où les entreprises chinoises ont investi plus de 2,8 milliards de dollars dans le lithium depuis 2020, les autorités imposent désormais une transformation locale du minerai. Toutefois, les capacités industrielles actuelles ne couvriraient qu’un tiers de la production attendue, selon CRU Group. Une contrainte qui place les investisseurs face à un dilemme : s’adapter ou se repositionner.
Le président Emmerson Mnangagwa défend, pour sa part, une politique de valeur ajoutée locale, estimant que les ressources doivent profiter en priorité aux économies nationales.
Un équilibre délicat pour la RDC
En Guinée, des mesures similaires sont envisagées sur la bauxite afin de stimuler la production d’alumine. Mais pour Christopher Edyegu, les restrictions ne suffisent pas à elles seules : elles doivent s’accompagner d’incitations fiscales et d’investissements dans les infrastructures pour attirer des capitaux durables.
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu est désormais de trouver le juste équilibre entre maximisation de la valeur locale et maintien de son attractivité auprès des investisseurs étrangers. Dans un contexte de compétition accrue autour des métaux de la transition énergétique, ces choix stratégiques sont également scrutés de près par les grandes puissances, notamment les États-Unis, soucieuses de réduire la domination chinoise sur ces ressources clés.
Dan Bawuna




