Le groupe chinois Zijin Mining s’apprête à franchir une étape majeure en République démocratique du Congo avec la mise en service annoncée, dès cette année, de son projet de lithium de Manono. Malgré un environnement juridique encore incertain, ce gisement est déjà perçu comme un futur pilier de l’approvisionnement mondial en minerais destinés aux batteries.
Une montée en puissance spectaculaire
Dans un rapport publié le 20 mars, Zijin Mining indique viser un démarrage de la production d’ici juin prochain. À pleine capacité, le site pourrait atteindre 130 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium par an, un niveau qui placerait Manono parmi les plus grands projets de lithium en roche dure au monde.
Selon Martin Jackson du cabinet CRU Group, ce volume positionnerait la mine congolaise au sommet de la hiérarchie mondiale, rivalisant avec les grandes exploitations australiennes.
Un pari industriel et local
Estimé à 1,4 milliard de dollars, le projet prévoit une production annuelle comprise entre 850 000 et 875 000 tonnes de concentré de lithium. Au-delà de l’extraction, Zijin Mining mise sur une stratégie d’intégration locale, avec la construction d’une unité de transformation destinée à produire du sulfate de lithium, un intermédiaire à forte valeur ajoutée.
Cette orientation vise à capter davantage de richesse sur le territoire congolais, dans un contexte où les autorités encouragent la transformation locale des ressources minières. À l’horizon 2028, le site pourrait représenter à lui seul près de 5 % de l’offre mondiale de lithium extrait.
Un projet au cœur de tensions juridiques
Malgré ces perspectives, le projet de Manono reste entouré d’un contentieux complexe. La société AVZ Minerals conteste toujours la réattribution de la concession, après la révocation de sa licence par Kinshasa il y a trois ans. L’entreprise australienne a engagé des procédures d’arbitrage international contre l’État congolais pour tenter de récupérer ses droits.
Dans le même temps, la partie sud du gisement attire l’intérêt d’acteurs américains, notamment KoBold Metals, une société soutenue par Bill Gates et Marc Andreessen, illustrant la rivalité croissante entre puissances autour des minerais critiques.
Une présence renforcée en RDC
Avec environ 55 % de participation dans le projet, Zijin Mining consolide son ancrage en République démocratique du Congo, où il détient déjà des intérêts significatifs dans plusieurs mines de cuivre, dont le complexe de Kamoa-Kakula.
Porté par une stratégie d’expansion agressive, le groupe s’est imposé en quelques années parmi les grands acteurs mondiaux du secteur minier, notamment dans l’or et les métaux stratégiques.
Dans un contexte de transition énergétique mondiale, le projet de Manono s’annonce ainsi comme un levier majeur, à la croisée des ambitions industrielles congolaises et des rivalités géopolitiques autour du lithium.
Dan Bawuna




