Par John Ngombua
Depuis des décennies, les processus de paix en République Démocratique du Congo se succèdent et se ressemblent, souvent marqués par des promesses de cessez-le-feu rarement tenues. Aujourd’hui, alors que le M23, soutenu par le Rwanda, exprime une volonté d’intégrer une solution négociée, la communauté internationale,le gouvernement congolais et le peuple congolais de manière générale sont en droit d’exiger des preuves tangibles de cette volonté. L’indicateur le plus irréfutable de cette « bonne foi » ne se trouve pas dans les communiqués et courriers officiels, mais dans les collines de Rubaya.
Rubaya, le « coffre-fort » de la guerre
La mine de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, n’est pas un simple gisement minier ; c’est le poumon financier de l’instabilité. Riche en coltan et en tantale, son exploitation illégale permet de générer des millions de dollars qui alimentent directement la logistique militaire, l’achat d’armements et le maintien des troupes sur le terrain.
La thèse est simple : On ne peut prétendre vouloir la paix tout en continuant de puiser dans les ressources qui financent la guerre.
La suspension vérifiable, Un acte de désarmement économique
Pour que l’engagement du M23 soit crédible, il doit passer par l’acceptation unilatérale et vérifiable de la suspension de l’exploitation à Rubaya.
Unilatérale : Pour prouver que le mouvement est prêt à faire le premier pas sans attendre de contrepartie immédiate.
Vérifiable : Pour permettre à des mécanismes de contrôle (nationaux ou internationaux) de confirmer que les puits de mine sont scellés et que les circuits de contrebande vers les frontières sont interrompus.
Pourquoi cet indicateur est-il décisif ?
En acceptant de geler l’exploitation de Rubaya, le M23 et son soutien rwandais enverraient trois signaux majeurs ;
-L’asphyxie financière volontaire : Renoncer aux revenus du coltan équivaut à un « désarmement financier ». C’est la preuve que la voie diplomatique est désormais la seule option envisagée.
-La rupture avec la prédation : Cela démontrerait une volonté de sortir de l’économie de guerre pour réintégrer un cadre légal et souverain.
-Le respect de la traçabilité : En stoppant l’exportation illégale, le mouvement s’alignerait sur les exigences internationales de « minerais de sang », facilitant ainsi une normalisation diplomatique.
Le rôle pivot du Mécanisme de Vérification Ad Hoc
Pour que la suspension de l’exploitation minière illégale à Rubaya ne soit pas une simple déclaration d’intention, elle doit être placée sous la supervision du Mécanisme de Vérification Ad Hoc, renforcé par des experts de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs).
En effet,seul un déploiement d’observateurs neutres sur les sites miniers de Rubaya peut garantir que l’extraction a réellement cessé. Ce mécanisme permettrait de surveiller les routes de sortie vers les frontières, s’assurant qu’aucun « minerai de conflit » ne transite clandestinement.En acceptant ce contrôle strict, le M23 transformerait une zone de combat en un laboratoire de paix, offrant ainsi une garantie solide aux médiateurs et au gouvernement congolais.
La balle est dans le camp du M23.La paix en RDC ne se signera pas uniquement sur du papier, mais sur la terre rouge de Rubaya. Si le M23 souhaite réellement être perçu comme un partenaire du processus de paix, il doit transformer la mine en une zone neutre et inexploitée. Tant que les camions de minerais circuleront sous la protection des armes, les discours de paix resteront une stratégie de distraction. La suspension vérifiable de Rubaya est, aujourd’hui, le seul véritable indicateur de sincérité.




