À Rubaya, l’exploitation minière se déroule en violation flagrante des règles prescrites par le Code minier de la République démocratique du Congo. Ce phénomène a pris une ampleur alarmante depuis que le site est passé sous le contrôle des rebelles de l’AFC-M23, le 30 avril 2024.
Depuis cette occupation, plus de 23 280 000 dollars auraient déjà été générés par le site, à raison d’environ 970 000 dollars par mois, selon des sources concordantes contactées sur place. Pour atteindre de tels chiffres, le coût humain serait particulièrement lourd : des enfants, des femmes enceintes et des jeunes seraient soumis au travail forcé pour extraire des minerais destinés à financer l’effort de guerre. Des enfants en âge scolaire, dont l’âge varierait entre 4 et 17 ans, seraient omniprésents sur les sites miniers, selon un acteur de la société civile ayant requis l’anonymat.
« Il y a des enfants sur les sites miniers. La majorité est d’âge scolaire, mais leur avenir est sacrifié par les rebelles. Lorsque le gouvernement contrôlait encore ce site, la plupart étaient à l’école et une ONG menait des actions de sensibilisation. Aujourd’hui, ils sont légion. Lors du dernier éboulement meurtrier, de nombreux enfants figuraient parmi les victimes. Même des femmes enceintes descendent dans les puits, c’est inacceptable », a déclaré notre source.
Lors de la dernière visite à Rubaya du « gouverneur » nommé par la rébellion, Eraston Bahati Musanga, des enfants d’à peine 4 ans figuraient parmi les blessés ayant survécu à un éboulement. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le responsable rebelle a affiché son indignation :
« Cet enfant n’a pas plus de 4 ans et il est parmi les blessés… J’apprends que plusieurs enfants ont perdu la vie lors de ce sinistre », a-t-il déclaré.
C’est dans ces conditions dénoncées comme inhumaines que les rebelles s’enrichiraient sur le dos de la population. Les minerais extraits seraient exportés vers le Rwanda, où les procédures administratives se poursuivraient. Une source indépendante indique que plusieurs partenaires internationaux paieraient leurs taxes au Rwanda pour accéder à ces ressources issues de Rubaya. Ainsi, l’AFC-M23 profiterait de la fiscalité locale, tandis que le Rwanda tirerait profit de son marché d’exportation.
Cette situation dramatique met en lumière le calvaire des populations civiles sous occupation. Face à l’ampleur du désastre humanitaire, la société civile du Nord-Kivu a récemment appelé à la fermeture pure et simple de ce site minier.
Rubaya produirait entre 15 % et 30 % du coltan mondial, composé notamment de deux métaux rares.
Le tantale, crucial pour la fabrication de condensateurs miniaturisés utilisés dans les smartphones, ordinateurs portables, consoles de jeux et l’électronique automobile, est également employé dans l’industrie aéronautique et la défense.
Le niobium (ou colombium) est utilisé comme additif dans les alliages d’acier pour augmenter leur résistance, notamment dans la construction et l’aéronautique.
La cassitérite, principal minerai d’étain, sert principalement à la soudure des circuits imprimés de la plupart des appareils électroniques. Elle est aussi utilisée dans les traitements de surface anticorrosion.
Azarias Mokonzi




