Un nouveau drame d’une ampleur exceptionnelle a endeuillé le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Un éboulement meurtrier a frappé le périmètre d’exploitation PE4731, précisément sur le site minier de Luwowo, dans la localité de Gasasa, une zone sous occupation du mouvement rebelle AFC-M23.
Selon les premières informations recueillies sur le terrain, le bilan provisoire fait état de 120 corps déjà identifiés, répartis sur plusieurs axes. D’après une source locale, 66 corps ont été recensés sur l’axe Kaniro–Mushwa–Kinigi, 40 corps sur l’axe Ngungu–Humule, 9 corps à Matanda, et 7 corps au centre de Rubaya, parmi lesquels figurent deux filles mineures.
Toutefois, d’autres sources locales avancent un bilan bien plus lourd, évoquant jusqu’environ 400 victimes, piégées dans les huit puits que compte le site de Luwowo. La majorité des personnes ensevelies seraient des creuseurs artisanaux, des femmes, ainsi que de nombreux enfants mineurs, témoignant de l’extrême précarité qui caractérise l’exploitation minière dans cette zone.
Des témoignages recueillis sur place décrivent une scène de désolation, marquée par la présence massive d’enfants et de femmes, y compris des femmes enceintes, contraints de travailler dans des conditions dangereuses, loin de toute norme de sécurité et de toute protection.
Ce drame dépasse le cadre d’un simple accident naturel. Dans cette zone contrôlée par l’AFC-M23, la loi minière congolaise est inexistante et les normes élémentaires de sécurité sont systématiquement ignorées. L’exploitation minière s’y déroule dans une logique de prédation, au mépris total de la vie humaine, avec pour seul objectif l’extraction intensive des minerais.
Selon des estimations locales, entre 112 et 120 tonnes de coltan seraient extraites illégalement chaque mois dans cette zone, avant d’être acheminées vers le Rwanda pour alimenter les circuits du marché international. Le site de Rubaya représenterait à lui seul environ 15 % de la production mondiale de coltan, un minerai stratégique utilisé notamment dans la fabrication des condensateurs au tantale pour les téléphones et ordinateurs.
Ce drame rappelle tragiquement un précédent survenu en juin 2025, lorsqu’un éboulement similaire avait déjà coûté la vie à près de 300 creuseurs dans les mêmes carrières. Malgré les alertes répétées des organisations de la société civile et de Human Rights Watch, l’absence de réponses concrètes et l’impuissance de l’État face à l’occupation rebelle continuent d’exposer les populations civiles à des risques mortels.
À Rubaya, le coltan n’est plus seulement un minerai stratégique pour la transition technologique mondiale. Il est devenu le symbole d’une économie de guerre, et le linceul de centaines de Congolais, sacrifiés dans un système d’exploitation illégale transfrontalière.
Azarias Mokonzi




