La société minière Ivanhoe Mines, cotée à la Bourse de Toronto, mène des discussions avancées avec la Gécamines, entreprise publique congolaise, et le négociant suisse Mercuria, en vue d’acheminer le concentré de zinc issu de la mine de Kipushi vers les États-Unis. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de Project Vault, le nouveau mécanisme américain de constitution de réserves stratégiques de métaux critiques.
Ces échanges interviennent dans la foulée du lancement officiel de Project Vault à la Maison-Blanche, un événement auquel a pris part Robert Friedland, fondateur et coprésident exécutif d’Ivanhoe Mines. Doté d’une enveloppe globale de 12 milliards de dollars, le programme repose sur une combinaison de capitaux privés et d’un soutien public conséquent, notamment à travers une ligne de crédit de 10 milliards de dollars accordée par la Banque américaine d’export-import (Ex-Im Bank).
Le projet bénéficie d’un appui politique croissant au Congrès américain. Des sénateurs des deux partis s’apprêtent à déposer une proposition de loi visant à prolonger de dix ans le mandat de l’Ex-Im Bank, avec pour objectif de renforcer sa capacité de financement au service de la stratégie américaine sur les minéraux critiques. Selon des informations relayées par la presse économique internationale, cette réforme pourrait permettre d’injecter jusqu’à 70 milliards de dollars supplémentaires pour soutenir les chaînes d’approvisionnement jugées stratégiques.
Le sénateur républicain Kevin Cramer, co-initiateur du texte aux côtés du démocrate Mark Warner, a souligné l’engagement de l’administration Trump en faveur de cette institution, tout en plaidant pour un relèvement substantiel du plafond de prêts de la banque fédérale.
Sur le plan opérationnel, l’accord en discussion prévoit que Mercuria transfère ses droits d’achat existants sur le concentré de Kipushi à la branche commerciale de la Gécamines, tout en assurant la commercialisation de volumes supplémentaires à mesure que la mine montera en régime de production. À terme, l’entreprise publique congolaise pourrait contrôler jusqu’à la moitié de la production totale du site, y compris les cargaisons destinées au marché américain.
Dans un communiqué distinct, la Gécamines a confirmé l’existence de ce partenariat, rappelant un accord conclu en décembre 2025 avec Mercuria portant sur le financement et la logistique nécessaires à l’activation de ses droits commerciaux. L’entreprise publique y voit la première étape d’une stratégie plus large visant à se positionner dans la transformation et la valorisation du zinc, mais aussi du cuivre, du germanium et du gallium.
Une nouvelle bataille géopolitique autour des minerais congolais
Ces négociations illustrent la volonté des États-Unis de renforcer leur présence dans le secteur minier congolais, dans un contexte de rivalité accrue avec la Chine pour l’accès aux ressources stratégiques africaines. La République démocratique du Congo, riche en minerais critiques, se retrouve ainsi au cœur des recompositions géoéconomiques mondiales.
Cette dynamique a été confirmée récemment par l’annonce d’un accord distinct impliquant Glencore et l’Orion Critical Mineral Consortium, soutenu par Washington, pour l’approvisionnement en cobalt et en cuivre de la RDC au profit de l’industrie américaine.
Kipushi, un actif stratégique majeur
Considérée comme l’un des plus importants gisements polymétalliques du pays, la mine de Kipushi devrait produire cette année entre 240 000 et 290 000 tonnes de concentré de zinc. Elle recèle également des quantités significatives de germanium et de gallium, deux métaux classés comme critiques par les États-Unis en raison de leur rôle clé dans les semi-conducteurs, la défense et les technologies de la transition énergétique.
Avec Project Vault, le zinc de Kipushi pourrait ainsi devenir un maillon central de la nouvelle architecture américaine de sécurité des approvisionnements en minerais stratégiques, tout en redéfinissant les équilibres de pouvoir autour des ressources naturelles congolaises.
Pierre Kabakila




