L’ONG américaine, International Rights Advocates (IRAdvocates), a déposé le mardi 25 novembre 2025, une plainte contre Apple, accusant le géant technologique d’intégrer dans ses appareils — notamment l’iPhone — des minerais provenant de zones de conflit en République démocratique du Congo et au Rwanda.
Apple rejette catégoriquement ces accusations, qu’il qualifie de « sans fondement ».
Des « minerais de sang » au cœur de la plainte
Selon IRAdvocates, citée par TV5MONDE, des minerais stratégiques tels que le coltan, le tungstène et le cuivre, abondants en RDC, seraient injectés dans la chaîne d’approvisionnement d’Apple.
L’ONG affirme que ces ressources proviennent d’espaces contrôlés par des groupes armés actifs dans l’Est congolais, notamment l’Alliance Fleuve Congo et le M23, soutenus par le Rwanda.
La plainte évoque des pratiques commerciales trompeuses de la part d’Apple concernant l’origine réelle de ses minerais. IRAdvocates dénonce aussi des violations graves des droits humains impliquant certains fournisseurs : travail des enfants, exploitation et servitude pour dettes, pollution environnementale, expulsions forcées, violences de forces de sécurité privées.a
Rubaya, une mine stratégique passée sous contrôle du M23
L’ONG cible particulièrement le coltan provenant « probablement » de la mine de Rubaya (territoire de Masisi), passée sous contrôle des rebelles du M23 en avril 2024.
Un rapport des experts de l’ONU, publié fin 2024, révèle que le M23 y a mis en place une administration quasi étatique, avec : un système de permis miniers, des taxes pouvant atteindre 800 000 USD par mois, un fonctionnement qui finance directement la guerre dans l’Est.
Apple riposte : « accusations sans fondement »
Contacté par Reuters, Apple affirme rejeter fermement ces allégations.
L’entreprise assure que 99 % du cobalt utilisé dans ses batteries provient désormais de sources recyclées, et qu’elle exige de ses fournisseurs d’éviter tout approvisionnement en minerais issus de la RDC et du Rwanda.
Apple soutient appliquer « les normes d’approvisionnement les plus strictes de l’industrie », conformément à son code de conduite.
Trois fonderies chinoises dans le viseur
Selon IRAdvocates, quatre fournisseurs d’Apple depuis 2021 sont concernés, dont trois fonderies chinoises : Ningxia Orient, JiuJiang JinXin, Jiujiang Tanbre.
Elles sont accusées de traiter du coltan provenant de zones de conflit en RDC, parfois blanchi via le Rwanda.
L’ONG évoque également des abus documentés dans la mine de Kasulo (Kolwezi), contrôlée par Congo Dongfang International Mining SARL (CDM), filiale de Huayou Cobalt, un fournisseur d’Apple depuis au moins 2021.
Une étude de l’Université de Nottingham y dénonce : travail forcé, travail des enfants et servitude pour dettes.
Des accusations récurrentes contre Apple
Ce n’est pas la première fois que l’entreprise est visée. En 2024, IRAdvocates avait déjà tenté de poursuivre Apple et Tesla — sans succès.
La même année, le gouvernement congolais avait engagé des actions en France et en Belgique contre des filiales d’Apple pour « exportation illégale » de minerais via le Rwanda.
La procédure a été classée en France faute de preuves, mais se poursuit en Belgique.
La République démocratique du Congo demeure : premier fournisseur mondial de cobalt (70 % de la production globale); un acteur clé pour l’étain, le coltan et le tungstène.
Ces minerais sont essentiels aux technologies modernes — smartphones, batteries, transition énergétique — mais restent au cœur de tensions liées à la traçabilité, aux droits humains et à la sécurité dans l’Est du pays.
Pierre Kabakila




