Le pape Léon XIV a reçu, samedi au Vatican, plusieurs dirigeants majeurs du secteur minier et énergétique mondial afin de les exhorter à adopter des méthodes d’extraction plus responsables, respectueuses des droits humains et de l’environnement. Cette audience privée illustre un tournant significatif dans la manière dont l’Église catholique engage le dialogue avec les acteurs clés de l’industrie des ressources naturelles.
La rencontre a réuni plus d’une douzaine de personnalités influentes, parmi lesquelles Mike Henry, directeur général du géant minier BHP, Gustavo Pimenta, PDG du groupe brésilien Vale, Robert Friedland, président exécutif d’Ivanhoe Mines, ainsi qu’Ana Cabral, PDG de Sigma Lithium. Les échanges s’inscrivaient dans le cadre de l’initiative Building Bridges, portée par le Vatican, qui vise à concilier développement économique, justice sociale et protection de l’environnement.
Les discussions ont porté sur les pratiques minières éthiques, le respect des droits humains, le travail décent et le concept d’« écologie intégrale », cher à l’Église et développé dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Cette approche insiste sur la responsabilité morale liée à l’exploitation des ressources naturelles et sur l’impact de celle-ci sur les communautés locales.
Des acteurs miniers bien connus en République démocratique du Congo
Parmi les dirigeants présents, Robert Friedland occupe une place particulière pour la République démocratique du Congo.
Homme d’affaires canado-américain, il est le fondateur et président exécutif d’Ivanhoe Mines, une entreprise très active en RDC. Ivanhoe Mines est notamment impliquée dans l’exploitation du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, dans la province du Lualaba, considéré comme l’un des plus grands projets de cuivre à haute teneur au monde. Ce projet stratégique positionne la RDC comme un acteur central de la transition énergétique mondiale, tout en soulevant des enjeux majeurs en matière de gouvernance, d’environnement et de retombées sociales.
BHP, dirigé par Mike Henry, n’exploite pas actuellement de mines en RDC, mais demeure un acteur clé du marché mondial des minerais stratégiques (cuivre, nickel, cobalt), dont plusieurs sont abondants dans le sous-sol congolais. Le groupe suit de près l’évolution du secteur minier africain, notamment dans le contexte de la transition énergétique et de la demande croissante en métaux critiques.
Le groupe brésilien Vale, aujourd’hui dirigé par Gustavo Pimenta, est surtout présent en Amérique latine et en Asie. Bien qu’il ne soit plus directement implanté en RDC, Vale reste un acteur influent du marché mondial des minerais, notamment du fer et du nickel, et entretient des relations commerciales indirectes avec plusieurs pays africains producteurs de ressources.
Quant à Sigma Lithium, dirigée par Ana Cabral, l’entreprise est spécialisée dans le lithium destiné aux batteries pour véhicules électriques. Si ses opérations sont principalement concentrées au Brésil, le développement rapide de l’industrie du lithium attire l’attention sur des pays comme la RDC, riche en minerais stratégiques et appelée à jouer un rôle croissant dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le Vatican entend désormais jouer un rôle plus actif dans les débats économiques mondiaux, en encourageant les entreprises à adopter des modèles respectueux de la dignité humaine et de l’environnement. Des initiatives telles que Borgo Laudato Si’ visent à traduire ces principes en actions concrètes, en impliquant à la fois les industriels et les communautés locales.
Ce positionnement tranche avec l’approche parfois plus frontale du pape François, qui avait interpellé, en 2018, des compagnies pétrolières comme BP et ExxonMobil, les appelant à renoncer à l’exploration de nouveaux combustibles fossiles en raison des risques environnementaux majeurs.
Le pape Léon XIV, tout en reconnaissant la dépendance des technologies modernes aux minéraux stratégiques, a dénoncé les conditions souvent dramatiques de leur extraction. Dans un discours prononcé en octobre dernier, il avait cité le cas du coltan en République démocratique du Congo, rappelant que ce minerai indispensable à nos téléphones et ordinateurs est fréquemment associé à des conflits armés, au travail des enfants et au déplacement forcé de populations.
« Le progrès doit toujours s’accompagner d’une éthique de responsabilité », avait-il insisté.
Cette rencontre marque ainsi un effort renouvelé de collaboration entre le Vatican et l’industrie minière mondiale, dans l’objectif de concilier rentabilité économique, justice sociale et protection de l’environnement, à un moment où les exigences éthiques et la pression de l’opinion internationale n’ont jamais été aussi fortes.




