Sans une énergie abondante, fiable et accessible, les ambitions de la République démocratique du Congo dans le secteur minier risquent de se heurter à un sérieux obstacle. C’est le message porté par Hugo Sinza, Directeur général adjoint du département de coopération de Tenke Fungurume Mining (TFM), lors du panel consacré au thème : « L’énergie pour les mines : le mythe énergétique entre les sociétés minières, les services publics nationaux et les investisseurs dans les projets énergétiques », organisé dans le cadre de la 21ᵉ édition de la DRC Mining Week à Lubumbashi.
Prenant part aux échanges aux côtés du ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, du Directeur général de Kipay Investments, Eric Monga, du Directeur des marchés de capitaux de FSD Africa, Marc Nyunzi Mutambala, ainsi que du Directeur général de CEC, Major Sikaundi, le représentant de TFM a rappelé l’interdépendance étroite entre l’industrie minière et le secteur énergétique.
« L’industrie minière aujourd’hui, sans énergie, c’est comme une voiture sans barre de direction », a-t-il déclaré, soulignant qu’aucune croissance durable de la production minière ne peut être envisagée sans un approvisionnement énergétique stable et prévisible.
Un immense potentiel encore sous-exploité
Pour Hugo Sinza, les performances réalisées par la RDC sur le marché mondial des minerais critiques illustrent à la fois les capacités du pays et les défis qui restent à relever.
« Si nous avons pu dépasser la barre des trois millions de tonnes en tant que producteur mondial de cobalt, cela signifie qu’à la base, il y a de l’énergie produite principalement en RDC. C’est une bonne chose », a-t-il indiqué.
Mais ce constat positif masque, selon lui, une contradiction majeure.
« Nous disposons d’un potentiel de plus de 100 000 mégawatts, capable d’électrifier toute l’Afrique, alors que notre taux d’électrification reste autour de 22 %. Cela signifie qu’il existe un véritable problème », a-t-il relevé.
Le directeur général adjoint du département de coopération au sein de TFM, a particulièrement insisté sur le déficit énergétique estimé à près de 2 000 MW, une situation qui freine, selon lui, l’expansion du secteur minier depuis plus d’une décennie.
« Cela fait près de dix ans que l’on parle du même déficit sans parvenir à le résorber », a-t-il fustigé.
Des pertes importantes pour les entreprises
Pour les sociétés minières, les conséquences des insuffisances énergétiques sont considérables. Hugo Sinza a rappelé qu’une simple interruption de courant, même de courte durée, peut avoir des répercussions majeures sur les opérations.
« Chaque fois qu’il y a une coupure d’électricité, même d’une minute, dans une mine, il faut près de deux heures pour redémarrer les installations. Si l’on traduit cela en pertes financières pour l’entreprise, pour l’État congolais et pour les communautés locales, les conséquences sont énormes », a-t-il expliqué.
Face à cette situation, TFM plaide pour une approche intégrée fondée sur la complémentarité entre les secteurs public et privé.
« Il ne s’agit pas d’opposer le secteur public au secteur privé. Nous croyons à une approche intégrée et complémentaire. Nous avons besoin d’un secteur public performant et d’un secteur privé dynamique », a soutenu Hugo Sinza.
Selon lui, cette complémentarité doit se traduire par une planification commune des besoins énergétiques futurs. L’industrie minière fonctionne sur des projections de long terme et dispose déjà d’une visibilité relativement précise sur ses niveaux de production.
« Nous connaissons les différentes phases de développement de nos mines. Nous savons ce que nous produirons en 2028 ou en 2030. Mais pour atteindre ces objectifs, nous avons besoin d’une énergie stable et prévisible », a-t-il précisé.
Cette planification devra également intégrer la modernisation des infrastructures de transport d’électricité.
« Aujourd’hui, plusieurs lignes ne disposent plus de la capacité suffisante pour transporter l’énergie produite. Même si nous produisons davantage d’électricité, encore faut-il être capables de l’acheminer jusqu’aux sites miniers », a-t-il averti.
Former les compétences de demain
Au-delà des infrastructures, Hugo Sinza a introduit une autre dimension qu’il juge déterminante pour réussir la transformation énergétique du pays : la formation des compétences nationales.
À l’ère de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, le défi ne se limite plus uniquement à la production de mégawatts.
« La question ne sera plus seulement de savoir combien de mégawatts nous produisons, mais de déterminer si nous disposons des hommes et des femmes capables de répondre aux exigences des nouvelles technologies », a-t-il souligné.
D’où son appel à la mise en place d’une véritable synergie entre le gouvernement, les entreprises minières et les universités congolaises afin de former une nouvelle génération d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes capables d’accompagner les mutations technologiques du secteur énergétique et minier.
Pour TFM, l’énergie ne constitue plus simplement un facteur de compétitivité. Elle représente désormais une condition indispensable à la création de richesses, à la diversification de l’économie et à la transformation durable des immenses ressources naturelles de la RDC en levier de développement.




