Longtemps relégués au rang de simples déchets industriels, les résidus miniers suscitent aujourd’hui un intérêt croissant. Dans un contexte de transition énergétique mondiale, la RDC entend transformer ces montagnes de rejets en nouvelles réserves stratégiques.
À Lubumbashi, capitale minière de la République démocratique du Congo, les regards ne se tournent plus uniquement vers les gisements enfouis dans les profondeurs du Katanga. Désormais, l’attention se porte aussi vers les immenses accumulations de résidus miniers qui jalonnent le paysage industriel de la région.
Ces terrils, longtemps considérés comme de simples déchets issus de plusieurs décennies d’exploitation, pourraient bien constituer l’une des prochaines frontières de l’industrie minière congolaise.
C’est précisément cette perspective qui a nourri les échanges, vendredi 19 juin 2026, lors d’une table ronde organisée au Golf Club de Lubumbashi sur le thème : « Opportunités et enjeux du recyclage des rejets miniers en RDC », dans le cadre du projet PanAfGeo+ Country Window RDC.
Autour de la table : représentants des institutions publiques, industriels, représentants des corps diplomatiques des états membres de l’UE, experts nationaux et internationaux, chercheurs et partenaires techniques. Tous partageaient une même conviction : dans un monde en quête croissante de métaux critiques, les déchets d’hier pourraient devenir les ressources de demain.
Transformer les déchets en richesse

La question n’est plus de savoir si les rejets miniers présentent un intérêt économique, mais plutôt comment les valoriser de manière efficace, durable et transparente.
Car les avancées technologiques permettent aujourd’hui d’extraire des métaux qui, autrefois, échappaient aux procédés de traitement classiques.
Cuivre. Cobalt. Germanium. Manganèse. Ou encore certains métaux critiques associés.
Autant de substances qui demeurent présentes dans des proportions parfois significatives au sein des anciens rejets miniers.
Dans un contexte marqué par l’essor des véhicules électriques, des énergies renouvelables et des technologies numériques, ces ressources secondaires attirent de plus en plus l’attention des investisseurs.
Pour les participants, leur valorisation s’inscrit pleinement dans les principes de l’économie circulaire : exploiter davantage les ressources déjà extraites, réduire l’empreinte environnementale de l’activité minière et créer de nouvelles opportunités industrielles.
« Connaître pour mieux valoriser »

Parmi les intervenants figuraient notamment, Yannick Callec, Coordinateur du projet PanAfGeo+ CW RDC, Royston Lobow, responsable du volet « Mining Waste Recycling » de PanAfGeo+ CW RDC, Christopher Bryan, chef du projet européen INSOKA au BRGM, le Directeur général du SGN-C, Raoul Wazenga Vitima, du directeur provincial du CAMI dans le Haut-Katanga Paulin Mawaya, du Coordonnateur de la CTCPM Dieudonné-Louis Tambwe.
Tous ont insisté sur l’importance de renforcer la recherche scientifique, l’innovation technologique et les partenariats entre institutions publiques, universités et secteur privé afin de faire du recyclage minier un véritable levier de développement durable.
Au cœur des discussions, le Service Géologique National du Congo (SGN-C) a défendu une approche résolument scientifique.
Le directeur général du SGN-C, Raoul Wazenga Vitima, a insisté sur ce qui constitue désormais le credo de l’institution : « connaître pour mieux valoriser ».
Pour le patron du SGN-C, l’époque où les rejets étaient simplement recensés sur le plan administratif est révolue.
Désormais, il s’agit d’en comprendre précisément la composition minéralogique et chimique.
« Nous ne pouvons plus nous contenter d’identifier des rejets. Nous devons savoir exactement ce qu’ils contiennent, quelles sont leurs teneurs et leur potentiel économique réel », a-t-il expliqué.
Cette démarche implique un vaste programme de cartographie, d’échantillonnage et d’analyses sur l’ensemble du territoire national.
L’objectif : établir un inventaire exhaustif des rejets miniers existants afin de déterminer, avec précision, leur valeur économique potentielle.
Éviter de reproduire les erreurs du passé

Pour Raoul Wazenga, la connaissance géologique constitue également un enjeu de gouvernance.
Sans données fiables, prévient-il, l’État risque de répéter certaines erreurs commises dans le passé lors de l’octroi des permis de recherche et d’exploitation.
« Avant d’attribuer un permis portant sur des rejets miniers, il est indispensable de connaître précisément les substances présentes ainsi que leurs teneurs », estime-t-il.
L’enjeu est de taille : garantir une valorisation optimale des ressources tout en assurant une meilleure protection des intérêts de l’État.
Cette exigence de transparence devrait se traduire par la mise en place d’une base de données géoscientifique centralisée, alimentée par les résultats des différentes campagnes d’analyses.
À terme, ces informations permettront notamment au Cadastre Minier (CAMI) de disposer d’une connaissance précise des ressources concernées lors de l’examen des demandes de permis.
Des gisements plus complexes qu’il n’y paraît

L’un des enseignements majeurs des travaux concerne la nature polymétallique des gisements congolais. Ceci implique des innovations majeures en R&D afin de traiter au maximum ces rejets miniers, R&D&I qui doivent se faire en lien avec les industriels et les centres de recherche et universités de la RDC a souligné le Coordonnateur de la CTCPM Dieudonné-Louis Tambwe.
Dans la Copperbelt, les gisements ne renferment pas uniquement du cuivre et du cobalt. Ils contiennent également de nombreux métaux associés qui, faute de technologies adaptées ou de rentabilité économique suffisante, n’étaient pas récupérés lors des exploitations antérieures.
Aujourd’hui, l’évolution des technologies et la hausse des prix des minerais critiques changent la donne.
Des éléments naguère négligés pourraient désormais être valorisés, ouvrant la voie à de nouvelles chaînes industrielles.
Une souveraineté géoscientifique renforcée

Lancé en mars 2026, le projet PanAfGeo+ Country Window RDC ambitionne précisément de renforcer les capacités géoscientifiques nationales.
Financé par l’Union européenne et coordonné par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), en partenariat avec le SGN-C et le ministère des Mines, le programme repose sur quatre piliers majeurs : l’acquisition de nouvelles données géologiques, la modernisation de la base de données géoscientifiques, le renforcement institutionnel et la promotion de l’économie circulaire.
Au-delà de la seule question des rejets miniers, l’initiative participe d’une ambition plus large : permettre à la RDC de reprendre pleinement la maîtrise de la connaissance de son sous-sol.
Une souveraineté scientifique devenue stratégique à l’heure où les minerais critiques occupent une place centrale dans les rivalités économiques mondiales.
Une nouvelle vision de l’industrie minière
Après sa participation à la DRC Mining Week 2026, le projet Country Window RDC confirme ainsi sa volonté d’accompagner l’émergence d’un nouveau modèle minier.
Un modèle qui ne repose plus uniquement sur l’exploitation des gisements primaires, mais aussi sur la valorisation des ressources secondaires.
Pour un pays qui ambitionne de consolider son leadership mondial dans les minerais critiques, cette évolution pourrait constituer un tournant majeur.
Car dans la mine du XXIe siècle, la richesse ne se trouve plus seulement sous terre.
Elle peut également se cacher dans les déchets laissés par les générations précédentes.
Junior Ngandu




