À la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, la Première ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Judith Suminwa, a défendu une vision du corridor de Lobito qui dépasse la logistique minière. Pour elle, le corridor doit être un outil d’industrialisation régionale, et non une simple route plus courte vers l’Atlantique.
Elle a présenté ce projet comme l’un des instruments centraux de l’ambition industrielle du pays, avec une formule qui a valeur de ligne politique : le corridor doit devenir « la colonne vertébrale de l’industrialisation régionale ».
Un projet soutenu par un large front de partenaires
La cheffe du gouvernement a salué l’engagement de l’Angola et de la Zambie, ainsi que celui des États-Unis, de l’Union européenne, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et du secteur privé. Cette liste illustre la particularité du corridor : un projet multilatéral dans lequel États de transit, bailleurs de fonds et opérateurs privés doivent avancer de concert.
Selon Judith Suminwa, la réhabilitation des liaisons ferroviaires, la modernisation des infrastructures et les investissements énergétiques peuvent désenclaver des territoires, réduire les coûts logistiques et stimuler le commerce régional. Le secteur minier, notamment dans la Copperbelt congolaise, dépend largement du coût et de la fiabilité du transport pour rester compétitif. L’argument est donc direct : chaque jour et chaque dollar gagnés entre la mine et le port pèsent sur la rentabilité des projets.
« Reproduire le passé » : le message aux investisseurs
Le passage le plus marquant du discours est un avertissement. « Un corridor qui raccourcirait seulement le chemin de la mine au port ne ferait que reproduire le passé », a prévenu la Première ministre. Elle faisait référence au modèle historique d’extraction et d’exportation de matières brutes, dont la valeur ajoutée est captée hors du pays.
Elle a appelé les investisseurs à bâtir avec la RDC des partenariats « transparents, durables et mutuellement avantageux », afin que le corridor serve de levier de transformation locale plutôt que de simple voie d’évacuation des ressources.
Le discours fixe un cap, mais plusieurs points restent à préciser : le calendrier de réhabilitation des tronçons congolais, le financement des investissements énergétiques indispensables à toute transformation locale, et les incitations concrètes qui accompagneront les projets de valorisation. C’est sur ces éléments que se mesurera la capacité du corridor à tenir la promesse formulée à New York.
Daniel Bawuna




