Les 350 ménages de Kilongo et Kalilanda, deux agglomérations rurales de la chefferie de Kasongo, dans le Haut-Katanga, ne sont toujours pas connectés au réseau électrique de la Société nationale d’électricité (SNEL). Le cahier des charges de responsabilité sociétale de MMG Kinsevere prévoyait pourtant leur électrification à l’horizon 2025, soit sur la période 2021-2025. Les populations de cette partie de la RDC accusent donc MMG d’inaction. L’entreprise, de son côté, affirme son engagement à respecter l’ensemble de ses obligations légales, réglementaires et sociales.
RDC, Haut-Katanga. Une poussière ocre soulevée par le vent recouvre les habitations du village de Kilongo, dans le groupement Kasongo, dans le territoire de Kipushi, ce mardi 30 juin 2026. Un peu plus au centre de cette agglomération rurale, les vrombissements d’un moteur diesel viennent rompre le silence sur l’artère principale qui fend littéralement Kilongo.
Ce moteur diesel, exploité par un investisseur privé, convertit l’énergie chimique du gazole en énergie mécanique puis électrique. Il reste, depuis plusieurs années, la principale source d’énergie de Kilongo. Il permet de faire fonctionner les petites activités commerciales, notamment les points de recharge de téléphones, et d’éclairer certains ménages.
Pourtant, Kilongo et Kalilanda, deux villages retenus dans le cahier des charges de responsabilité sociétale de MMG pour bénéficier de l’électricité, continuent d’attendre la réalisation effective de leur électrification.
Cinq ans se sont déjà écoulés depuis la signature, en 2021, du document entre l’entreprise et les communautés locales, sans que les ménages ni les bureaux administratifs ne soient connectés au réseau de la Société nationale d’électricité.
Des interrogations incessantes à Kilongo

Pourtant, dès les premières années, les démarches visant à alimenter Kilongo et Kalilanda « avaient bien commencé ». Un transformateur de plus de 500 KVA avait même été installé dans le cadre du cahier des charges de responsabilité sociétale. Il devait remplacer celui installé en 2012, jugé trop petit et qui ne permettait d’éclairer que quelques bureaux et certaines maisons de chefs locaux.
« Le nouveau transformateur devait donc desservir les villages de Kilongo et Kalilanda », confie Kasongo Tarcisse, président du comité local de développement de la première génération du cahier des charges 2021-2025.
Un tour dans le village de Kilongo a permis à Mines.cd de constater la présence effective du transformateur électrique. Toutefois, l’équipement est hors service, pour des raisons que de nombreux habitants interrogés sur place disent ignorer.
« Pourtant, on avait même fait un premier essai et l’entreprise avait promis de revenir pour inaugurer. En attendant, elle avait confié la sécurité du transformateur aux militaires et aux agents de l’Agence nationale de renseignements », confie Mwilambwe Guylaine, une sexagénaire dont la parcelle abrite le transformateur.
« En plus, comment peut-on continuer à garder et à assurer la sécurité de quelque chose qui ne produit rien depuis des mois ? » s’interroge-t-elle.
Une interrogation que partage également Kasongo Tarcisse.
Dissolution des brigades de surveillance
Parmi les conséquences de cette situation, les brigades bénévoles constituées par des habitants de Kilongo pour sécuriser le réseau électrique se sont progressivement dissoutes.
Cette situation aurait favorisé le vol de câbles et les actes de vandalisme sur le site, commis, selon des témoignages recueillis sur place, par des personnes majoritairement associées aux activités de creusage artisanal.
À ce jour, au niveau de la station qui abrite le transformateur, plusieurs câbles et autres accessoires électriques sont coupés et pendent encore, ce qui rallonge davantage l’attente des populations de Kilongo et Kalilanda.
Les 350 ménages continuent donc de fonctionner sans électricité, tandis que les deux agglomérations rurales restent privées d’éclairage public.
Ce constat contraste avec les engagements pris par MMG Kinsevere. Dans le cahier des charges, l’entreprise s’était notamment engagée à mettre sur pied des comités bénévoles chargés de la gestion et de la sécurisation du réseau électrique, à assurer l’entretien de l’ancien transformateur et à installer un transformateur additionnel de 350 KVA afin d’étendre l’alimentation électrique et de couvrir les besoins des 350 ménages.
Ces ménages devaient être raccordés au réseau d’alimentation électrique par MMG et le comité local de développement (CLD). Les installations électriques à l’intérieur des maisons devaient être réalisées par un technicien agréé par MMG Kinsevere, tandis que le membre de la communauté sollicitant le raccordement devait prendre en charge les frais d’installation.
En outre, MMG s’était engagée à assurer le contrôle de la qualité, tout en se réservant le droit de réguler l’approvisionnement.
« Quant à l’ancien transformateur, MMG était venue le reprendre et aujourd’hui, il se trouve dans ses installations », affirme Tarcisse.
Des dépenses qui pèsent sur les habitants

Cette situation pourrait également limiter l’alimentation électrique dans l’hypothèse où l’électrification de Kilongo et Kalilanda par MMG devenait effective.
En attendant, pour disposer d’électricité, une grande partie de la population de Kilongo se connecte au réseau alimenté par le moteur diesel exploité par un particulier.
Pour ceux qui tiennent de petites activités commerciales, notamment des alimentations, des bars, des terrasses ou encore des points de recharge de téléphones, les frais d’abonnement varient entre 2 000 et 10 000 francs congolais par jour.
Des montants qui pèsent lourdement sur les revenus des petits commerçants et qui s’ajoutent aux dépenses supportées par les habitants, lesquels doivent débourser entre 500 et 1 000 francs congolais par jour, notamment pour recharger leurs téléphones.
Dans un contexte où les populations vivent dans une situation de pauvreté chronique, supporter ces dépenses au quotidien n’est pas aisé.
MMG s’engage à respecter ses obligations

Mais jusqu’à quand Kilongo et Kalilanda devront-ils attendre leur électrification ?
Contactée sur cette question, MMG n’a pas donné de calendrier précis. Toutefois, l’entreprise affirme réitérer son engagement à respecter l’ensemble de ses obligations légales, réglementaires et sociales, conformément au cahier des charges convenu avec les communautés locales ainsi qu’aux dispositions du Code minier de la République démocratique du Congo.
L’entreprise minière reconnaît par ailleurs que la mise en œuvre de la première génération du cahier des charges a permis la réalisation de nombreux projets dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, de l’accès à l’eau, de la santé, des infrastructures communautaires, de l’énergie ainsi que du développement local.
Ces réalisations, précise MMG, ont été menées à travers les mécanismes de gouvernance établis.
« Aucun village bénéficiaire identifié d’un commun accord lors de l’élaboration du cahier des charges n’a été exclu du processus de mise en œuvre », a déclaré MMG Kinsevere, sans donner davantage de précisions sur la situation spécifique de Kilongo et Kalilanda.




