Six mois après la table ronde de haut niveau tenue à Kinshasa sur l’avenir du lithium congolais, Resource Matters a organisé, ce vendredi, dans la cité de Manono, un atelier de restitution destiné à rapprocher les communautés locales des enjeux discutés dans la capitale. Derrière cette initiative : combler le déficit d’information qui sépare encore les populations à la base des grands arbitrages liés à la gouvernance minière.
Une suite logique à la table ronde de Kinshasa
L’atelier de Manono découle directement des travaux menés à Kinshasa les 25 et 26 mars 2026, lorsque Resource Matters a réuni des représentants des institutions publiques, des entreprises, des missions diplomatiques, des communautés et de la société civile autour du thème : « Sécuriser l’investissement, renforcer la gouvernance et bâtir une prospérité locale durable ».
Les échanges dans la capitale avaient notamment mis en lumière une lacune : la faible connaissance, au niveau local, des enjeux réels du secteur minier.
« La société civile au niveau interne, pour ne pas dire les communautés, a une faible connaissance des enjeux du secteur minier, c’est évident. Et en venant ici sur place, c’est justement pour contribuer à ce que cette faiblesse soit comblée », a déclaré Lewis Yola, assistant au programme de lutte contre la corruption.
Sécuriser l’investissement, une condition du développement
Dans une interview accordée à MINES.CD, Lewis Yola a expliqué que le message central de l’atelier repose sur une équation simple : sans investissement, pas de développement pour Manono.
« S’il n’y a pas d’investissement, on ne parlera même pas du développement de Manono. Si nous sommes arrivés à parler de cet atelier et à débattre sur le développement de Manono, c’est parce qu’il y a un investissement. Et cet investissement est porté aujourd’hui par Manono Lithium », a-t-il déclaré.
Il ajoute que la consolidation de ce climat de confiance passe notamment par une fiscalité stable et prévisible.
« On ne veut pas que la fiscalité soit imprévisible, on veut une fiscalité prévisible. Cela permettra aux entreprises de bien faire leurs projections et de bien réaliser leurs attentes », a-t-il fait savoir.
La gouvernance, un rempart contre les dérives du cuivre et du cobalt
Deuxième axe fort des discussions : la transparence. Lewis Yola a averti que les revenus potentiellement considérables générés par le lithium ne profiteront aux communautés que si la gouvernance du secteur est à la hauteur des enjeux.
« Nos activités de lithium peuvent générer beaucoup d’argent. Mais si la gouvernance n’est pas à la hauteur, s’il y a de la corruption, de la mauvaise gestion, de l’opacité, tout ça ne va pas servir les communautés locales, mais peut-être servir des individus », a-t-il insisté.
La référence aux filières du cuivre et du cobalt, souvent citées dans les débats sur la gouvernance minière en RDC, a servi de mise en garde.
« Question de renforcer la gouvernance pour que les erreurs qu’on a à vivre dans les secteurs du cuivre et du cobalt ne puissent pas être reproduites dans la filière du lithium », a-t-il martelé.
Cahier des charges signé, reste la mise en œuvre
Si le cahier des charges a d’ores et déjà été signé avec Manono Lithium SA, l’atelier s’est concentré sur l’étape suivante : accompagner les communautés dans le suivi et le contrôle citoyen de sa mise en œuvre.
Les échanges ont notamment porté sur la dotation de 0,3 %, les obligations prévues dans le cahier des charges ainsi que le mécanisme de la redevance minière.
« Les cahiers des charges ont déjà été signés. Maintenant, comment assurer leur mise en application ? Comment assurer le suivi ? Et comment se rassurer que chaque personne est en train d’accomplir ses responsabilités dans les limites de la loi ? », a-t-il souligné.
Un point important concernant la perception des ressources destinées aux communautés a également été clarifié.
« Ce qui sera versé par l’entreprise ne constitue pas des fonds propres. Ce sont des fonds qui serviront à l’ensemble de la communauté », a-t-il conclu.
Prochaine étape : une feuille de route pour Manono
À l’issue de la rencontre, les préoccupations exprimées par la société civile, les entreprises et les représentants de l’État présents seront consolidées dans une feuille de route propre à Manono. Ses recommandations devraient ensuite faire l’objet d’un plaidoyer auprès des autorités à Kinshasa.
« Nous sommes en train de collecter tout ce qui a été dit comme préoccupations ici à Manono, et de voir comment nous allons commencer les plaidoyers, voire même publier d’abord cette feuille de route », a-t-il expliqué, précisant que le calendrier de publication sera communiqué dans les prochains jours, en même temps que la sortie du document.
Cet atelier s’inscrit dans le prolongement des objectifs fixés par Resource Matters : restituer aux communautés les conclusions de la rencontre de Kinshasa, renforcer leur compréhension des enjeux liés à la gouvernance, à la transparence, à l’environnement et au développement local, favoriser leur participation aux discussions sur le projet et documenter leurs attentes afin d’orienter les actions futures en faveur d’une gouvernance durable du lithium.
Daniel Bawuna




