Après avoir atteint des sommets historiques, l’or traverse une phase de correction sous l’effet du durcissement monétaire américain. Mais la baisse reste contenue par une demande chinoise soutenue et par les achats persistants des banques centrales. Pour la RDC, où l’or demeure un secteur majeur de l’activité minière dans l’Est, le recul des cours ne remet pas en cause l’attractivité du métal, mais rebat les cartes d’un marché déjà marqué par les tensions géopolitiques et les circuits illicites.
Le métal jaune n’est plus tout à fait dans la course folle du début d’année. Après avoir franchi des niveaux jamais atteints auparavant, l’or a engagé une correction qui rappelle que même les actifs considérés comme refuges restent sensibles aux décisions des grandes banques centrales.
Le 23 septembre, le cours s’établissait autour de 4 314 dollars l’once, après une nouvelle séance de baisse. Sur un mois, le recul dépassait 7 %. Une correction spectaculaire, mais qui doit être relativisée : le métal reste largement au-dessus de ses niveaux d’un an auparavant et conserve une position historiquement élevée.
Le marché digère surtout le changement de ton venu de Washington.
La Fed remet les taux au centre du jeu
Pendant une grande partie de la flambée de l’or, les investisseurs avaient intégré un environnement monétaire plus favorable au métal jaune. Les anticipations d’assouplissement de la politique monétaire américaine, les incertitudes géopolitiques et la volonté de plusieurs banques centrales de diversifier leurs réserves avaient alimenté la demande.
La donne a changé.
La Réserve fédérale américaine a relevé ses taux lors de sa réunion de septembre, une première depuis plus de trois ans. Le taux directeur se situe désormais dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Plusieurs responsables de la banque centrale américaine ont depuis insisté sur la persistance des tensions inflationnistes et sur la nécessité de ne pas relâcher trop rapidement la pression monétaire. (VT Markets)
Pour l’or, le mécanisme est classique.
Le métal jaune ne verse ni coupon ni intérêt. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les actifs offrant un rendement deviennent relativement plus attractifs. Un dollar plus ferme renforce également la pression, puisque l’or libellé en dollars devient plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
C’est précisément ce double mouvement qui pèse actuellement sur les cours.
Les marchés anticipent déjà la possibilité d’un nouveau relèvement des taux américains. Cette perspective suffit à modifier les arbitrages des investisseurs et à réduire l’appétit pour un métal qui avait été porté, quelques mois plus tôt, par des anticipations monétaires beaucoup plus accommodantes. (Reuters)
Mais la Chine refuse de laisser tomber l’or
La correction aurait pu être plus brutale sans un autre phénomène : la vigueur persistante de la demande chinoise.
La Chine est devenue l’un des principaux moteurs structurels du marché. Sur les huit premiers mois de 2026, ses importations d’or ont dépassé 1 000 tonnes, soit davantage que sur l’ensemble de 2025. Cette accélération intervient dans un contexte où les investisseurs chinois cherchent davantage de valeurs refuges, alors que le marché immobilier reste sous pression et que les performances de certains actifs financiers domestiques demeurent incertaines. (Financial Times)
La Banque populaire de Chine participe elle aussi à cette dynamique. En août, elle a ajouté environ 20,2 tonnes à ses réserves, portant son stock officiel à près de 2 387 tonnes. Il s’agissait du vingt-deuxième mois consécutif d’accumulation. (World Gold Council)
Cette stratégie dépasse la simple recherche de rendement.
Pour Pékin, l’or constitue également un instrument de diversification des réserves et de réduction de la dépendance à certains actifs libellés en dollars. Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les incertitudes commerciales, le métal jaune retrouve ainsi une fonction monétaire qui dépasse largement celle d’un simple actif spéculatif.
La Chine agit donc comme un contrepoids à la pression exercée par la Fed.
Les banques centrales restent dans le marché
Le soutien ne vient d’ailleurs pas uniquement de Pékin.
Au deuxième trimestre 2026, les banques centrales ont acheté net 288,9 tonnes d’or, soit 62 % de plus qu’au même trimestre de l’année précédente. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré pour un deuxième trimestre. (World Gold Council)
Le chiffre mérite attention.
Les investisseurs privés peuvent vendre lorsque les prix montent trop rapidement ou lorsque les taux deviennent plus attractifs. Les banques centrales, elles, obéissent à une logique différente. Leurs achats répondent davantage à des considérations de réserves, de diversification et de protection contre les risques géopolitiques ou monétaires.
C’est ce qui donne au marché actuel une structure particulière.
D’un côté, la Fed exerce une pression sur l’or en maintenant une politique monétaire restrictive. De l’autre, la Chine et plusieurs banques centrales continuent de considérer le métal comme un actif stratégique.
Le résultat est une correction, mais pas nécessairement un effondrement.
Un marché qui cherche un nouvel équilibre
Le recul actuel doit donc être lu avec prudence.
L’or avait atteint des niveaux exceptionnellement élevés après une succession de facteurs favorables : tensions géopolitiques, achats des banques centrales, diversification des réserves, demande d’investissement et anticipation de politiques monétaires plus souples.
Une partie de cette hausse avait aussi intégré des scénarios particulièrement favorables au métal.
La remontée des taux américains vient désormais corriger ces anticipations.
Mais les fondamentaux qui avaient porté l’or n’ont pas disparu. Les banques centrales continuent d’acheter. La Chine conserve un appétit important. Les tensions géopolitiques restent élevées. Et la demande d’actifs considérés comme refuges demeure structurellement présente.
Le marché doit donc désormais déterminer un nouvel équilibre entre ces forces contradictoires.
Et la RDC dans tout cela ?
Pour la République démocratique du Congo, cette évolution mondiale n’est pas anodine.
L’or occupe une place particulière dans le paysage minier congolais. Dans l’Ituri, au Sud-Kivu et au Maniema, l’exploitation artisanale constitue une source de revenus pour des dizaines de milliers de personnes. Les cours internationaux élevés ont contribué à maintenir l’attractivité économique du métal, malgré les difficultés liées à la formalisation, à la traçabilité et à la fiscalité.
Un recul prolongé des cours pourrait théoriquement réduire les marges des exploitants. Mais avec un métal toujours négocié à des niveaux historiquement élevés, l’incitation économique à produire reste forte.
Le problème congolais est donc moins celui de l’attractivité de l’or que celui de sa gouvernance.
Dans l’Est du pays, la valeur du métal croise directement la question sécuritaire.
Le récent rapport d’Amnesty International consacré aux activités du M23 dans les sites miniers de Rubaya, au Nord-Kivu, et de Lomera, au Sud-Kivu, illustre cette réalité. L’organisation documente des cas d’exécutions sommaires, de torture, de détentions arbitraires, de travail forcé, de recrutement forcé et de pillage. Elle fait également état de trafics d’or depuis des zones contrôlées par le groupe armé vers le Rwanda. (Amnesty International)
Lomera est particulièrement révélatrice de cette imbrication entre marché international et conflit local. Selon Amnesty International, des minerais aurifères extraits dans cette zone auraient emprunté des circuits de contrebande vers le Rwanda.
Autrement dit, le prix international de l’or ne se limite pas à une donnée de marché pour la RDC. Il influence aussi la valeur économique d’un secteur dans lequel se mêlent exploitation artisanale, pauvreté, contrebande, contrôle territorial et financement des réseaux armés.
Le paradoxe de l’or congolais
La RDC se retrouve ainsi face à un paradoxe.
Plus le métal jaune conserve une valeur élevée sur les marchés internationaux, plus l’exploitation des gisements congolais demeure économiquement attractive. Mais cette valeur attire également les acteurs qui cherchent à contrôler les sites, les circuits d’approvisionnement et les routes d’exportation.
Le défi n’est donc pas seulement de produire davantage.
Il est de faire en sorte que la valeur créée par l’or bénéficie davantage à l’économie formelle congolaise plutôt qu’aux réseaux de contrebande et aux acteurs armés.
Cela passe par la traçabilité, la formalisation de l’exploitation artisanale, le renforcement des mécanismes de contrôle et la capacité de l’État à sécuriser les zones minières.
La Fed peut ralentir l’or, pas effacer ses fondamentaux
Le métal jaune entre donc dans une nouvelle phase.
La Fed a remis les taux d’intérêt au cœur de l’équation et rappelle aux investisseurs que l’or reste sensible au coût de l’argent et à la vigueur du dollar. Mais face à cette pression, la demande chinoise et les achats des banques centrales offrent un soutien qui limite la portée de la correction.
Le marché n’est plus celui du début de l’année. Il est en train de chercher un nouveau point d’équilibre.
Pour la RDC, la question est différente mais intimement liée : combien de temps les prix resteront-ils suffisamment élevés pour maintenir l’intérêt économique pour l’or, et surtout, quelle part de cette richesse parviendra réellement à entrer dans les circuits officiels ?
Car derrière chaque variation du cours international se joue une bataille beaucoup plus concrète dans les territoires aurifères congolais.
La Fed peut faire reculer l’or. Elle ne peut pas, à elle seule, réduire l’attrait économique d’un métal dont la valeur reste soutenue par la Chine, les banques centrales et les incertitudes du monde. Pour la RDC, l’enjeu sera surtout de transformer cette valeur internationale en richesse effectivement captée par l’économie nationale.
Olito MUKINZI




