La société américaine KoBold Metals est présente depuis 2025 à Manono, dans la province du Tanganyika, au sud-est de la République démocratique du Congo. Elle y recherche des minerais critiques, en particulier du lithium, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour analyser les données géologiques et orienter ses travaux.
Sur le terrain, ses géologues sont équipés de GPS de haute précision et de tablettes connectées à une intelligence artificielle. Cette technologie génère des cartes interactives qui les guident vers les zones à explorer, rapporte l’AFP dans un reportage publié ce vendredi 25 septembre.
KoBold détient déjà 14 permis d’exploration couvrant plus de 3 000 km². L’entreprise prévoit d’investir plus de 50 millions de dollars en RDC d’ici début 2027.
Ses équipes, déployées depuis avril, prélèvent en moyenne 2 000 échantillons de sol par semaine. Les analyses visent à détecter, à quelques dizaines de centimètres de profondeur, une « signature géochimique » associée à la présence de pegmatites, des roches susceptibles de contenir du lithium. Ces données alimentent ensuite l’IA, qui produit des modèles prédictifs.
« Une fois qu’on a déterminé la présence du lithium, à des points bien spécifiques, ça nous permet de réorganiser les forages », explique Kévin Tambwe, responsable de laboratoire chez KoBold, cité par l’AFP.
L’entreprise exploite aussi des cartes géologiques historiques, des données d’anciens forages et des images satellites, qu’elle croise avec les informations recueillies sur le terrain.
Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC, qualifie les premiers résultats de « très encourageants », sans toutefois avancer de chiffres sur les ressources identifiées. La société, qui reste au stade de l’exploration, espère entrer en production d’ici quelques années.
Une nouvelle présence américaine
L’arrivée de KoBold s’inscrit dans le rapprochement entre Kinshasa et Washington autour des minerais stratégiques. L’entreprise a obtenu ses permis avant la signature, en décembre 2025, d’un accord de partenariat stratégique entre les deux pays.
À Manono, elle entend se positionner face aux grands groupes déjà installés, notamment le chinois Zijin, qui exporte depuis juin dernier du concentré issu d’une importante mine voisine de ses permis.
KoBold fait partie des rares entreprises américaines actives dans le secteur minier congolais, aux côtés notamment de Virtus Minerals, qui détient également des actifs en RDC.
« Presque un an depuis que l’accord a été signé mais les investissements américains depuis n’ont pas afflué », constate Benjamin Katabuka.
De fortes attentes à Manono
Dans la ville, l’arrivée de KoBold suscite de l’espoir. Les habitants attendent des emplois et des retombées économiques.
Les besoins sont immenses : le taux de pauvreté atteint 88 %, selon les statistiques officielles citées par l’AFP, et le territoire manque d’infrastructures de base. « Manono manque d’eau potable. Manono n’est pas électrifié », déplore l’administrateur du territoire, Cyprien Kitanga.
Il reproche aux entreprises minières passées d’avoir exploité les ressources sans améliorer réellement les conditions de vie locales. Selon lui, elles « sont venues prendre le minerai et elles ont laissé des trous aux enfants de Manono ».
La rivière Lukushi, qui traverse le territoire, a par ailleurs été détournée pour les besoins de l’activité minière. Des habitants racontent à l’AFP qu’elle était autrefois plus poissonneuse et contribuait à nourrir la ville.
Un lourd héritage minier
L’histoire minière de Manono remonte au début du XXe siècle, avec l’exploitation de l’étain sous la colonisation belge. La chute des cours puis les années d’instabilité qui ont suivi l’indépendance ont précipité le déclin économique de la ville.
La découverte du lithium a depuis relancé l’activité minière et ravivé les espoirs.
Le climat social reste toutefois tendu. Des travailleurs ont récemment brûlé des pneus à l’entrée de la mine exploitée par Zijin pour protester contre leurs salaires et la longueur de leurs journées de travail. L’entreprise chinoise a indiqué à l’AFP avoir accepté de « corriger des écarts de salaires » et d’instaurer une prime de nuit.
À Manono, les enjeux dépassent donc la seule recherche de lithium. KoBold doit confirmer le potentiel de ses permis, tandis que les habitants attendent de voir si ce nouvel acteur apportera des emplois et des retombées concrètes pour la ville.
Pierre Kabakila




