Le gouvernement congolais a adopté, le 11 septembre 2026, un décret instituant officiellement la « Task Force RDC-USA », un mécanisme interministériel chargé d’accélérer la mise en œuvre du partenariat stratégique conclu avec les États-Unis autour des minerais critiques, des investissements et de la coopération économique. Cette décision intervient après plusieurs mois de retard administratif et vise à traduire les engagements pris avec Washington en résultats économiques et sécuritaires concrets, selon le compte rendu du Conseil des ministres.
La création de cette task force intervient dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue autour de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, essentiels notamment aux industries électrique, numérique et énergétique. La RDC occupe une place importante dans cette dynamique, notamment grâce à ses ressources en cobalt et en cuivre.
En juillet 2026, les importations américaines de cuivre en provenance de la RDC ont atteint un niveau record. Avec 53 290 tonnes importées au cours de ce mois, le pays représentait 23,9 % des importations américaines de cuivre, ce qui l’a placé au deuxième rang des fournisseurs des États-Unis.
Missions et périmètre de la Task Force
D’après le Conseil des ministres, la Task Force RDC-USA aura pour principale mission de coordonner et d’accélérer l’exécution des projets, investissements et engagements découlant du partenariat stratégique.
Le ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a indiqué que ce dispositif devait permettre d’obtenir des « résultats économiques et sécuritaires concrets » pour les citoyens congolais. Le décret instituant la task force figure parmi les sept textes adoptés lors de la même réunion gouvernementale.
La formalisation de cet organe ne constitue toutefois pas le début de la coordination entre les deux parties. Une première réunion de la Task Force s’était tenue en juin 2026 sous la conduite de la Première ministre Judith Suminwa. À cette occasion, le gouvernement congolais avait notamment indiqué avoir reçu une première liste d’actifs intégrés à la réserve stratégique et soumis plusieurs projets de développement à la partie américaine.
Un partenariat déjà engagé
Le partenariat stratégique RDC–États-Unis a été signé le 4 décembre 2025 à Washington. Il établit un cadre de coopération autour des minerais critiques, des infrastructures, de la gouvernance et du développement économique.
Parmi les mécanismes prévus figure le Strategic Asset Reserve (SAR), qui doit regrouper une liste évolutive d’actifs liés notamment aux minerais critiques, à l’or et à l’exploration. L’accord prévoit un droit de première offre au profit des investisseurs américains pour les projets intégrés à cette réserve.
Le partenariat a déjà donné lieu à plusieurs opérations commerciales et d’investissement. Gécamines a notamment développé, avec Mercuria, un partenariat destiné à renforcer la commercialisation du cuivre et du cobalt issus de ses participations dans les projets miniers congolais.
Diversifier les débouchés et attirer les capitaux occidentaux
Pour Kinshasa, le partenariat avec Washington s’inscrit également dans une volonté de diversifier les sources de financement et les débouchés commerciaux du secteur minier, historiquement fortement tourné vers le marché chinois.
La Gécamines cherche notamment à renforcer son rôle dans la commercialisation des volumes de cuivre et de cobalt correspondant à ses participations dans différents projets. Sa stratégie de développement commercial s’appuie notamment sur Gécamines Trading et sur des partenariats avec des négociants internationaux.
L’accord RDC–États-Unis prévoit par ailleurs de soutenir plusieurs projets structurants, notamment dans les infrastructures énergétiques et logistiques, le corridor de Lobito, ainsi que le développement du Grand Inga et la transformation locale des minerais.
Entre ambitions économiques et exigences de gouvernance
La Task Force RDC-USA devra désormais assurer le suivi de la mise en œuvre de ces différents engagements. L’enjeu sera notamment de traduire le partenariat en investissements, en infrastructures, en transformation locale et en création de valeur pour l’économie congolaise.
L’accord prévoit également des mécanismes destinés à renforcer la gouvernance du secteur minier, la production de données géologiques, la formalisation de l’exploitation artisanale et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
La mise en place de la Task Force intervient ainsi à un moment où la RDC cherche à accroître sa présence sur les marchés occidentaux tout en conservant une capacité de négociation sur la valorisation de ses ressources.
Pour Kinshasa, le principal enjeu sera désormais de transformer les engagements pris avec Washington en projets effectivement réalisés, en veillant à ce que l’exploitation des minerais critiques s’accompagne d’investissements dans les infrastructures, l’énergie et la transformation locale.
Daniel Bawuna




