À Walikale, l’exploitation minière génère d’importantes recettes, mais les retombées visibles pour les populations restent au cœur des préoccupations. Chaque mois, Alphamin Bisie Mining verse des montants au titre de la redevance minière. Pourtant, sur le terrain, des acteurs locaux déplorent le manque d’infrastructures de base, notamment les routes, les centres de santé et les écoles.
Face à ce contraste, Jack Sinzaheza, activiste des droits humains et militant du mouvement citoyen Amka Kongo, dénonce ce qu’il considère comme une gestion opaque des ressources issues de l’exploitation minière et appelle à un contrôle accru de leur utilisation.
Selon les données avancées par Jack Sinzaheza, Alphamin verserait chaque mois environ 320 000 dollars américains directement au secteur de Wanyanga. La province du Nord-Kivu percevrait également sa quote-part de la redevance minière, estimée par l’activiste entre 500 000 et 600 000 dollars par mois.
« C’est un montant significatif pour développer une entité », martèle le militant d’Amka Kongo.
Pour lui, ces ressources devraient contribuer davantage au développement local, alors que Walikale demeure confronté à d’importantes difficultés d’accès et d’infrastructures.
La redevance minière ne doit pas financer le fonctionnement des dirigeants
Jack Sinzaheza rappelle par ailleurs que la redevance minière est encadrée par la législation congolaise et qu’une partie de celle-ci est destinée aux entités territoriales concernées par l’exploitation.
« Cet argent est strictement affecté au développement local. Le code minier est clair : la redevance minière ne doit même pas acheter le véhicule du chef de secteur, encore moins payer des agents », précise-t-il.
La question de l’utilisation de ces ressources est d’autant plus sensible que les recettes minières reposent sur l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables. Pour les acteurs locaux, leur utilisation devrait donc permettre de financer des infrastructures et des services susceptibles de bénéficier durablement aux populations.
Le Code minier prévoit également une dotation minimale de 0,3 % du chiffre d’affaires des entreprises minières pour contribuer aux projets de développement communautaire, selon un mécanisme de gestion impliquant notamment les représentants de l’entreprise et des communautés locales.
Des interrogations sur la gestion des fonds
Le secteur de Wanyanga a notamment tenté, selon Jack Sinzaheza, d’acquérir des engins destinés à l’entretien des routes. Mais l’activiste estime que ces équipements n’auraient pas produit les résultats attendus sur le terrain.
Amka Kongo évoque également des soupçons concernant la gestion de ces fonds. L’organisation affirme avoir appris que le chef de secteur de Wanyanga aurait artificiellement gonflé les effectifs de son personnel afin de justifier certaines dépenses.
Ces accusations, qui n’ont pas été établies de manière indépendante, appellent, selon les acteurs qui les formulent, à un contrôle des comptes et à une vérification de la destination effective des ressources.
La question de l’impact de l’exploitation d’Alphamin sur l’économie locale fait d’ailleurs l’objet d’un intérêt institutionnel. En 2025, une mission parlementaire d’enquête s’était notamment penchée sur l’exécution du cahier des charges signé entre les communautés locales et Alphamin Bisie Mining, ainsi que sur la gestion de la dotation de 0,3 % et de la redevance minière dans les entités territoriales décentralisées.
Entre recettes minières et enclavement persistant
Alphamin affirme de son côté contribuer à l’économie locale et rappelle que ses activités dans le territoire de Walikale génèrent des recettes fiscales et des emplois. La société entretient également des infrastructures routières utilisées pour l’acheminement de sa production et les déplacements dans cette zone enclavée.
Mais pour les organisations locales, ces contributions ne sauraient dispenser les autorités publiques et les entités territoriales de rendre compte de l’utilisation des ressources qui leur reviennent.
Jack Sinzaheza estime ainsi nécessaire de renforcer les mécanismes de contrôle de l’utilisation des fonds issus de l’exploitation minière. Amka Kongo plaide notamment pour l’ouverture d’une enquête judiciaire et administrative sur la destination de ces ressources, ainsi que pour une évaluation de la gestion du secteur de Wanyanga, notamment au regard des soupçons de personnel fictif.
Pour les acteurs de la société civile, l’enjeu dépasse donc la seule question des montants versés. Il porte sur la capacité des autorités locales à transformer les revenus tirés de l’exploitation minière en infrastructures et services publics durables pour une population qui vit encore dans un territoire fortement enclavé.
Azarias Mokonzi




