Le bras de fer autour de la concession de Metalkol, l’un des principaux actifs de cuivre et de cobalt de la République démocratique du Congo, connaît un nouvel épisode. Eurasian Resources Group (ERG), propriétaire de Metalkol, affirme faire face depuis le 21 août 2026 à une nouvelle occupation d’une partie stratégique de son périmètre minier, dans les environs de Kolwezi, au Lualaba.
Dans une déclaration communiquée à Bloomberg le 9 septembre 2026, ERG affirme que des groupes de creuseurs opérant sans autorisation, accompagnés d’hommes armés en uniforme, auraient repris leurs activités sur cette partie de la concession. Selon l’entreprise, cette présence empêche ses équipes d’accéder à la zone concernée.
Cette nouvelle intrusion intervient quelques semaines seulement après les instructions données par le président Félix Tshisekedi aux autorités congolaises pour mettre fin à la militarisation illégale des sites miniers. Dans des propos rapportés par Bloomberg, le chef de l’État avait appelé les membres du gouvernement à mettre définitivement fin à ces pratiques, qu’il considère comme préjudiciables à l’image de la gouvernance des ressources naturelles du pays.
Des activités minières à grande échelle selon ERG
Selon ERG, l’occupation actuelle ne se limite pas à une présence ponctuelle de creuseurs artisanaux. L’entreprise évoque une exploitation organisée à une échelle qu’elle qualifie d’« industrielle ».
D’après les informations communiquées par ERG à Bloomberg, des excavatrices et des camions seraient utilisés jour et nuit pour extraire et évacuer des résidus miniers présents dans la concession.
L’entreprise estime à environ 700 tonnes par jour la quantité de matériaux qui quitterait actuellement son périmètre, en direction d’unités de traitement situées dans les environs et appartenant à des intérêts chinois.
Ces chiffres constituent toutefois des estimations fournies par ERG et n’ont pas été vérifiés de manière indépendante.
Pour le groupe minier, l’enjeu dépasse donc la seule question de l’exploitation artisanale illégale. ERG estime que le prélèvement de ces matériaux à une telle cadence pourrait compromettre la viabilité économique de Metalkol, dont l’activité repose notamment sur le retraitement d’anciens rejets miniers.
Metalkol détient les droits de retraitement de plus de 100 millions de tonnes de résidus miniers historiques, communément appelés tailings, selon les informations rapportées par Bloomberg.
La présence militaire au cœur des accusations
L’un des éléments les plus sensibles du dossier concerne la présence alléguée de militaires sur la zone occupée.
ERG affirme, dans sa communication à Bloomberg, que des hommes armés en uniforme participent à la sécurisation de la zone. La société estime que cette présence militaire l’empêche d’accéder au périmètre concerné.
Si ces faits étaient confirmés, ils soulèveraient une question majeure de gouvernance minière : celle de l’utilisation des forces de défense et de sécurité dans des espaces relevant de concessions minières industrielles.
L’Inspection générale des mines, citée par Bloomberg, a indiqué que le gouvernement congolais avait été informé de la situation. L’institution a également assuré que des mesures étaient en cours afin d’apporter une réponse durable à ce problème.
En revanche, les ministères de la Défense et de l’Intérieur, ainsi qu’un porte-parole du gouvernement provincial du Lualaba, n’avaient pas répondu aux demandes de commentaires de Bloomberg au moment de la publication de son article.
Un précédent déjà marqué par une controverse
Cette nouvelle occupation intervient après une première intrusion qui avait fortement tendu les relations entre Metalkol et certains acteurs opérant dans la zone.
Selon Bloomberg, une société locale protégée par des militaires congolais avait précédemment pris le contrôle d’une partie stratégique de la concession de Metalkol. L’entreprise avait alors dénoncé une exploitation susceptible de menacer l’avenir commercial du projet.
La structure impliquée était identifiée comme la Société Coopérative Minière Hosanna.
Hosanna affirmait, selon Bloomberg, avoir été autorisée par les autorités congolaises, notamment par le ministère de l’Intérieur, à intervenir dans la zone pour répondre à une pollution présumée du lit d’une rivière où se trouvent une partie importante des réserves restantes de Metalkol.
Cette version avait cependant été contestée par le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani. Interrogé précédemment par Bloomberg, celui-ci avait déclaré que son ministère n’avait pas accordé d’autorisation à Hosanna.
Une intervention ultérieure des forces armées avait permis de déloger les occupants et de saisir leurs équipements, selon les informations rapportées par Bloomberg.
Hosanna sanctionnée, le volet environnemental reste ouvert
Le dossier ne s’est toutefois pas arrêté à l’évacuation de la zone.
Selon des lettres consultées par Bloomberg, le ministre des Mines, Louis Watum, a retiré le mois dernier à Hosanna son autorisation d’exercer comme coopérative minière.
Le ministre a également adressé à Metalkol une mise en demeure de 45 jours, lui demandant de prendre des mesures urgentes pour nettoyer la rivière située dans sa concession.
Sur cette question environnementale, ERG affirme travailler « de manière constructive » avec le département de protection de l’environnement du ministère des Mines afin d’examiner les informations disponibles et déterminer les mesures appropriées.
L’entreprise précise toutefois, dans sa réponse à Bloomberg, que cette coopération ne constitue pas une reconnaissance de sa responsabilité concernant l’origine, la cause ou l’attribution de la situation environnementale examinée.
Cette distinction est importante : la question de la pollution présumée et celle de la légalité de l’exploitation des résidus miniers constituent deux volets différents du dossier.
Un test pour la gouvernance minière congolaise
L’affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt et l’un des principaux fournisseurs de cuivre du marché international.
Bloomberg rappelle que le cobalt a fortement progressé depuis l’année dernière après l’instauration par Kinshasa de restrictions sur les exportations du métal. Cette évolution a renforcé les enjeux économiques autour des ressources cobaltifères congolaises.
Dans ce contexte, l’exploitation non autorisée de matériaux contenant du cobalt sur une concession industrielle représente un enjeu qui dépasse le seul différend entre une entreprise minière et des exploitants artisanaux.
Elle pose des questions sur la sécurisation des titres miniers, la traçabilité des minerais, le rôle des forces de sécurité et la capacité de l’administration à faire respecter la réglementation minière.
Le sujet est d’autant plus sensible que les autorités congolaises cherchent parallèlement à mieux encadrer l’exploitation artisanale et à définir des espaces où les creuseurs peuvent exercer légalement leurs activités.
Des questions toujours sans réponse
Au-delà des accusations formulées par ERG, plusieurs interrogations demeurent : qui contrôle actuellement la zone occupée ? Sur quelle base légale les personnes qui y travaillent sont-elles présentes ? Des militaires sont-ils effectivement déployés sur place et sous quelle autorité ? Où sont acheminés les matériaux extraits ? Les unités qui les réceptionnent disposent-elles des autorisations nécessaires ?
À ce stade, ces questions nécessitent des réponses précises des autorités congolaises.
L’Inspection générale des mines affirme que le gouvernement a été saisi du dossier et que des mesures sont en cours. Mais ERG soutient que l’occupation se poursuit malgré les instructions données au plus haut niveau de l’État.
Pour la RDC, le dossier Metalkol constitue ainsi un nouveau test de sa capacité à faire respecter l’autorité de l’État sur les sites miniers, protéger les investissements légalement établis et empêcher que des activités minières non autorisées ne s’installent dans des concessions industrielles.
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