En République démocratique du Congo (RDC), l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), avec l’appui technique du Natural Resource Governance Institute (NRGI), a organisé ce jeudi 10 septembre 2026 à Kinshasa, un atelier consacré à la publication du premier rapport de diagnostic de la corruption dans la filière cupro-cobaltifère du secteur minier congolais.
Conduit depuis 2024, ce diagnostic s’est concentré sur trois domaines : l’octroi des licences et titres miniers, la gestion des entreprises minières publiques ainsi que la gouvernance environnementale et sociale.
Au cœur de la transition énergétique mondiale et détenant d’importantes réserves de cobalt, la RDC dispose d’un potentiel minier considérable. Malgré cette richesse, le pays reste confronté à une pauvreté persistante et à d’importantes inégalités socio-économiques. La corruption constitue l’un des enjeux majeurs de la gouvernance du secteur minier et fait l’objet de ce diagnostic.
Un processus rigoureux et inclusif
Selon Moïse Liboto Makuta, partie prenante dans l’élaboration du rapport et coordonnateur de NRGI en RDC, la publication de ce diagnostic est l’aboutissement d’un processus de recherche sur les risques de corruption dans le secteur extractif. Celui-ci a impliqué plusieurs acteurs, issus de la société civile comme des institutions publiques, afin de mieux comprendre les failles des mécanismes de gouvernance existants qui permettent à la fraude et à la corruption de prospérer dans le secteur minier congolais, mais aussi d’identifier les mesures de gouvernance à mettre en place.
« C’est un processus qui s’est voulu participatif, rigoureux, détaillé et ouvert, en tout cas, à la co-création et aux idées des autres partenaires, pour que, tous ensemble, nous comprenions quels sont les enjeux, les risques, les opportunités et les possibilités qui existent afin de contenir ce fléau qui, malheureusement, continue d’engendrer pauvreté et souffrance dans les zones d’exploitation », a-t-il souligné.
NRGI et APLC en appui technique et institutionnel
Le Natural Resource Governance Institute (NRGI) a apporté son appui technique, notamment à travers son outil de diagnostic de la corruption dans le secteur extractif, déjà utilisé dans plusieurs pays. Pour la RDC, les parties prenantes ont choisi de se concentrer sur la filière cuivre-cobalt et sur trois domaines : l’octroi des licences ou permis miniers, la gestion des entreprises publiques de l’État, notamment les entreprises minières publiques, ainsi que la gouvernance environnementale et sociale.
« Il y a d’autres domaines qui restent à diagnostiquer, notamment la collecte et la gestion des revenus miniers, la gestion de la filière hydrocarbures et plusieurs autres domaines. Mais, au vu du champ assez étendu de l’industrie extractive en RDC, il a été jugé opportun de se limiter à trois domaines pour assurer la profondeur de la recherche », a expliqué Moïse Liboto.
Le portage institutionnel a été assuré par l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), afin que l’accès à l’information et la profondeur des analyses s’inscrivent dans une vision d’ensemble au niveau institutionnel. Le NRGI a également accompagné les séances de travail, la collecte et l’analyse des données ainsi que la coordination entre les différentes parties prenantes au diagnostic, afin de garantir la cohérence et la synergie des actions.
Vulgarisation provinciale et mesures correctrices
En matière de vulgarisation, ce premier rapport, d’après le coordonnateur de NRGI-RDC, a permis aux parties concernées d’examiner son contenu, de le valider et d’y apporter les corrections nécessaires. La version finale sera rendue publique par les organisations concernées, notamment l’APLC et les autres parties prenantes.
« Nous ne nous limiterons pas au niveau de la capitale. Il est prévu que des synthèses de ce rapport soient également rendues disponibles au niveau des provinces, afin que chaque intervenant disposant d’une parcelle d’autorité dans la prise de décision tout au long de la chaîne de valeur minière puisse en prendre connaissance et prendre les mesures correctrices nécessaires pour améliorer la gouvernance minière et réduire la prévalence de la fraude et de la corruption », a indiqué Moïse Liboto.
L’APLC présente le diagnostic et plaide pour la digitalisation des procédures
Interrogé sur les motivations ayant présidé à l’élaboration de ce diagnostic, le coordonnateur de l’APLC, Victor-Michel Lessay, a fait savoir que la RDC se trouve au cœur de la transition écologique, étant l’un des principaux producteurs de plusieurs des minerais aujourd’hui les plus recherchés au monde.
L’objectif était ainsi de faire un tour d’horizon des principaux problèmes qui se posent dans le secteur minier, particulièrement dans les filières du cuivre et du cobalt.
« On a essayé de faire un tour de tous les problèmes qui sont liés à la fraude et à la corruption. On a envie d’apporter des solutions, de pouvoir mieux gérer ce secteur et rassurer évidemment les investisseurs qui viennent en collaboration avec le pays », a-t-il ajouté.
Trois formes de corruption récurrentes identifiées
Selon le coordonnateur de l’APLC, les formes de corruption les plus récurrentes identifiées dans ce rapport de diagnostic se situent à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur minière.
« La corruption, c’est d’abord au niveau de l’octroi des licences, au niveau des contrats, au niveau de l’identification des bénéficiaires effectifs des concessions et carrières minières, et puis aussi au niveau de l’exploitation. Ça veut dire le contournement des lois et des règlements en la matière », a-t-il détaillé.
Prévention, respect des lois et identification des bénéficiaires effectifs
Pour lutter contre ces formes de corruption et assainir la filière, l’APLC mise d’abord sur la prévention.
« Nous avons commencé d’abord par la prévention : faire comprendre à tout le monde les risques de corruption et tout le mal que la corruption apporte dans la gestion du pays », a indiqué le coordonnateur de l’APLC.
Outre la prévention, il appelle au respect strict des règlements et des lois dans l’octroi des concessions, au respect des délais légaux et des contrats, mais aussi à une identification claire des bénéficiaires effectifs, afin que des personnes politiquement exposées ne puissent plus se cacher derrière des arrangements et des contrats illicites.
Il a toutefois tenu à préciser que ce diagnostic demeure perfectible.
« Ça veut dire que nous attendons les inputs des autres services, les inputs des autres secteurs pour pouvoir l’étoffer et le magnifier, pour qu’il soit vraiment un livre de référence pour notre population », a-t-il insisté, notamment sur la nécessité d’intégrer le numérique au cœur de la gestion minière.
« Effectivement, nous avons à cœur qu’il faut que le numérique soit au centre de la gestion de mine. La digitalisation de toutes les procédures va permettre à ce qu’il y ait plus de transparence et plus de clarté dans la gestion minière de notre pays, et c’est tout bénéfice pour la République », a conclu le DG de l’APLC.
Ce rapport s’inscrit dans une dynamique plus large d’assainissement du secteur extractif congolais, en offrant une base de travail pour des réformes structurelles et une meilleure redevabilité des acteurs de la chaîne de valeur minière.
Daniel Bawuna




