La République démocratique du Congo s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, de cobalt, d’or, de coltan et, bientôt, de lithium. Cette richesse exceptionnelle a permis une progression spectaculaire des recettes publiques issues du secteur extractif, faisant des mines le principal moteur de l’économie nationale. Pourtant, dans de nombreuses provinces minières, les populations continuent de s’interroger : pourquoi les importantes ressources générées par les mines ne se traduisent-elles pas toujours par une amélioration visible des conditions de vie ?
Cette interrogation est au cœur de la formation organisée à Lubumbashi par le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL), avec l’appui de The Carter Center, du CENADEP et le financement de l’Union européenne. Pendant trois jours, les organisations de la société civile du Haut-Katanga sont formées aux techniques de contrôle des revenus du secteur extractif afin de mieux suivre la destination des fonds publics issus des activités minières.
Des recettes minières en constante progression
Depuis plusieurs années, les performances du secteur minier permettent à l’État congolais de mobiliser des recettes fiscales de plus en plus importantes. Les exportations de cuivre et de cobalt, soutenues par une demande mondiale liée à la transition énergétique, représentent aujourd’hui une part essentielle des revenus publics.
À ces recettes s’ajoutent les redevances minières reversées aux provinces et aux Entités Territoriales Décentralisées (ETD), conformément aux dispositions du Code minier révisé. L’objectif poursuivi est clair : faire en sorte que les territoires où sont extraites les ressources naturelles bénéficient directement d’une partie de cette richesse.
Sur le papier, le mécanisme constitue une avancée majeure en matière de décentralisation financière. Dans les faits, son impact continue d’alimenter le débat.
Le paradoxe des provinces minières
Le Haut-Katanga, le Lualaba, le Tanganyika ou encore le Haut-Uele figurent parmi les provinces qui contribuent le plus à la richesse nationale grâce à leurs ressources naturelles. Pourtant, plusieurs territoires miniers restent confrontés à des déficits importants en infrastructures de base.
Routes dégradées, accès limité à l’eau potable, centres de santé insuffisamment équipés, établissements scolaires en mauvais état ou encore manque d’infrastructures agricoles : ces réalités contrastent avec les milliards de dollars générés chaque année par l’industrie extractive.
Ce paradoxe nourrit régulièrement les revendications des communautés locales, qui réclament une meilleure redistribution des richesses produites sur leurs territoires.
La redevance minière, un outil encore sous-exploité
La redevance minière est pourtant conçue comme un levier de développement local.
Une partie de ces revenus est destinée aux provinces et aux ETD afin de financer des investissements répondant aux besoins prioritaires des populations. En théorie, ces ressources devraient permettre la construction d’écoles, d’hôpitaux, de routes, de marchés, de réseaux d’adduction d’eau ou encore d’autres infrastructures publiques.
Mais pour que ces objectifs soient atteints, encore faut-il que les budgets soient élaborés de manière transparente, que les projets soient correctement exécutés et que les dépenses fassent l’objet d’un suivi rigoureux.
C’est précisément sur ces aspects que les organisations de la société civile souhaitent renforcer leurs compétences.
Faire du citoyen un acteur du développement
Pour Valéry Madianga, coordonnateur national du CREFDL, la réponse aux défis de la gouvernance passe par une implication plus active des citoyens.
L’ambition du projet est de permettre aux organisations de la société civile de participer à toutes les étapes du cycle budgétaire : de l’identification des besoins des communautés jusqu’au contrôle de l’exécution des projets financés grâce aux revenus miniers.
Cette approche rompt avec une vision où les citoyens n’interviennent qu’après la réalisation des investissements. Elle vise à instaurer un dialogue permanent entre les administrations publiques, les élus locaux et les communautés.
Selon les organisateurs, un contrôle citoyen efficace peut contribuer à améliorer la qualité de la dépense publique et à orienter les investissements vers les véritables priorités des populations.
La transparence comme condition de la confiance
L’un des principaux enseignements de la formation organisée à Lubumbashi est que la gouvernance ne dépend pas uniquement des montants disponibles, mais aussi de la qualité des institutions.
La Constitution, la loi relative aux finances publiques ainsi que les textes sur la décentralisation consacrent les principes de transparence, de participation et de redevabilité. Les autorités publiques sont tenues de publier leurs budgets et de rendre compte de l’utilisation des fonds publics.
Cependant, la disponibilité de l’information demeure un défi. Pour exercer un contrôle efficace, les citoyens doivent pouvoir accéder aux documents budgétaires, comprendre les mécanismes de financement et suivre l’évolution des projets d’investissement.
Former la société civile à ces outils techniques revient donc à renforcer les mécanismes démocratiques de contrôle et à favoriser une meilleure gestion des ressources naturelles.
Transformer la richesse minière en développement durable
À l’heure où la RDC ambitionne de devenir un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale grâce à ses minerais critiques, la question de la redistribution des richesses devient plus stratégique que jamais.
Le véritable succès du secteur extractif ne se mesurera pas uniquement à la croissance des exportations ou aux recettes fiscales. Il dépendra également de la capacité des institutions à transformer ces revenus en écoles, hôpitaux, routes, réseaux d’eau, emplois et opportunités économiques pour les populations vivant dans les territoires miniers.
C’est justement cette ambition que porte le projet du CREFDL : faire en sorte que chaque franc issu des ressources naturelles puisse être suivi, contrôlé et évalué par les citoyens eux-mêmes.
Dans cette perspective, le contrôle citoyen ne constitue pas un simple mécanisme de surveillance. Il devient un instrument de gouvernance capable de rapprocher les richesses du sous-sol des besoins réels des communautés, afin que le développement local ne soit plus une promesse, mais une réalité mesurable.
Junior Ngandu




