La publication, le 2 décembre, de la note interministérielle Mines–Finances devait enfin lever les doutes qui pèsent depuis des mois sur les exportations de cobalt. Mais pour les opérateurs du secteur, l’incertitude demeure totale. Malgré la levée officielle de l’embargo le 15 octobre, aucune cargaison n’a quitté la RDC, plongeant la filière — déjà éprouvée par neuf mois de blocage — dans un nouvel attentisme.
Dans une correspondance adressée au ministre des Mines Louis Watum Kabamba, la Chambre des mines de la FEC dresse un diagnostic sévère : le nouveau dispositif n’est pas opérationnel.
Des quotas inapplicables et une circulaire qui n’éclaircit rien
Les miniers estiment que les quotas attribués « restent impossibles à appliquer ». La circulaire du 2 décembre, censée préciser les modalités d’exportation, laisse en suspens plusieurs questions clés : la méthode de répartition des volumes stratégiques ; les critères d’exclusion de certaines entreprises pourtant officiellement recensées ;
la procédure de validation pour les opérateurs non repris dans les quotas.
L’obligation de payer la redevance minière avant toute exportation est également pointée du doigt : aucun texte légal ne la prévoit, rappellent les opérateurs.
Absence de méthodologie pour mesurer le cobalt métal
Autre inquiétude majeure : il n’existe toujours aucune méthodologie officielle pour déterminer le taux de cobalt métal, indispensable au calcul des quotas.
Sans standard reconnu, les risques de divergences entre laboratoires sont élevés, ouvrant la voie à des contestations interminables.
L’ARECOMS, un goulot d’étranglement ?
Le nouveau schéma place l’ARECOMS au cœur de toutes les opérations — inspections, contrôles, certificats, analyses — au détriment des agences déjà compétentes (DGDA, DGRAD, CEEC, OCC).
Résultat : multiplication des étapes,allongement des délais, risques accrus de blocage.
Le constat de la FEC est sans appel : même sans embargo, exporter du cobalt est aujourd’hui quasi impossible.
Dialogue bloqué
La Chambre des mines affirme avoir sollicité des rencontres avec l’ARECOMS « sans succès ». Elle demande désormais au ministre des Mines de relancer le Cadre de concertation instauré en octobre, afin d’obtenir les clarifications indispensables à la reprise du flux logistique.
Premier producteur mondial, la RDC reste un maillon essentiel dans l’équilibre du marché international du cobalt. Depuis le début de l’année, la paralysie des exportations a déjà entraîné une flambée spectaculaire des prix : plus de 52 000 dollars la tonne à la Bourse des métaux de Londres, soit une hausse d’environ 110 %.
Tant que les zones d’ombre subsisteront, avertissent les opérateurs, la filière congolaise restera à l’arrêt, au moment même où la demande mondiale explose.
Pierre Kabakila




