Le projet lithium de Manono, piloté par Zijin Mining, s’annonce comme un géant mondial : production record attendue, usine de sulfate de lithium sur place, et investissements massifs de plusieurs milliards de dollars. Sur le papier, c’est une avancée pour la RDC. Mais au-delà des promesses, ce modèle minier risque de perpétuer la marginalisation du pays et de ses communautés.
Une richesse qui s’échappe trop vite
La RDC fournit depuis des décennies cuivre, cobalt et coltan au monde entier. Pourtant, les territoires miniers comme le Katanga ou le Kivu restent englués dans la pauvreté : routes impraticables, eau potable rare, santé défaillante. Manono, dans le Tanganyika, suit le même chemin ?
Zijin promet une transformation locale et des emplois. Mais combien de postes qualifiés pour les Congolais ? Quelle part de la valeur ajoutée estimée à des milliards restera en RDC ?
Sans garanties fermes, c’est le scénario cobalt qui se profile : export brut, profits à l’étranger.
Communautés locales : premiers sacrifiés
Sur le terrain, les impacts humains sont lourds. Déplacements forcés, terres agricoles perdues, eaux polluées, les plaintes s’accumulent autour de projets miniers étrangers.
À Manono, une région déjà vulnérable, l’exploitation à ciel ouvert menace les moyens de subsistance sans consultations adéquates ni indemnisations justes.
Les multinationales vantent les « investissements verts ». Les villageois parlent de survie quotidienne.
Souveraineté minière en péril
Le dossier Manono illustre la fragilité congolaise. Litige AVZ Minerals contre l’État, appétit de KoBold Metals (soutenue par Bill Gates) : Kinshasa réagit, mais décide-t-elle vraiment ? Les arbitrages se jouent à Londres ou à Singapour, redistribuant nos ressources sans nous.
Briser le cercle vicieux
Cependant, le vrai problème ? Des cahiers des charges sociaux ignorés, des retombées locales minimes, une transformation in situ exceptionnelle. Pourquoi ?
Pour Manono, exigeons :
- 30% minimum d’emplois qualifiés locaux.
- 20% de la valeur ajoutée réinvestie en RDC.
- Fonds communautaires contraignants, auditables.
Sans cela, le lithium rejoindra le cobalt : enrichit la transition énergétique mondiale, appauvrit la RDC.
En somme, Manono doit être le tournant. La RDC, avec ses réserves lithium parmi les plus vastes d’Afrique, ne peut rester spectatrice. La RDC devait imposer des contrats blindés, protéger des communautés locales, et captiver la valeur ajoutée. Sinon, l’histoire minière congolaise : pillage après pillage se répétera. Et cette fois, elle nous coûtera cher.




