Le corridor ferroviaire de Lobito, qui doit relier le port angolais aux bassins miniers de la République démocratique du Congo et de la Zambie, cristallise à la fois de grandes attentes économiques et de profondes inquiétudes environnementales. Dans une étude publiée le 23 mars 2026, African Resources Watch met en garde contre les risques que fait peser ce projet stratégique sur les écosystèmes et les communautés locales.
Long de 1 300 kilomètres, ce corridor ambitionne de transformer la chaîne logistique des minerais critiques, notamment le cuivre et le cobalt, indispensables à la transition énergétique mondiale. L’objectif affiché est spectaculaire : réduire les délais d’exportation de 45 jours à seulement 45 heures.
Un projet soutenu par des puissances internationales
Derrière cette infrastructure se dessine un alignement d’intérêts politiques et financiers. En janvier 2023, l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie ont scellé un protocole d’accord pour harmoniser leurs cadres réglementaires. Quelques mois plus tard, l’Union européenne et les États-Unis ont confirmé leur appui lors du sommet du G20 à Delhi, notamment pour financer les études de préfaisabilité.
En octobre 2023, plusieurs institutions, dont la Banque africaine de développement et l’African Finance Corporation, ont signé un accord de coopération pour mobiliser les financements nécessaires. Pour African Resources Watch, cet engagement international est significatif, mais il devra se traduire concrètement sur le terrain.
Le miombo, un écosystème sous menace
Au cœur des préoccupations figure la fragilité des forêts claires de miombo, un écosystème stratégique qui concentre une part importante des réserves mondiales de cobalt et de cuivre. Selon African Resources Watch, l’expansion minière rapide dans cette zone compromet non seulement la stabilité climatique, mais aussi les équilibres écologiques.
L’étude révèle qu’entre 2000 et 2024, près de 874 000 hectares de miombo ont disparu dans l’arc cuprifère congolais, entraînant l’émission de 108 millions de tonnes de CO₂. Dans le même temps, les infrastructures minières des principales entreprises opérant dans la région ont été multipliées par sept, accentuant la pression sur ces espaces naturels.
Des populations locales en première ligne
Au-delà des enjeux environnementaux, ce sont aussi les communautés locales qui se retrouvent en première ligne. Les forêts de miombo constituent une ressource vitale, garantissant l’accès à l’eau, à l’alimentation et à des activités agricoles essentielles.
Pour African Resources Watch, la mise en œuvre du corridor pourrait fragiliser davantage ces populations déjà exposées aux effets de l’exploitation minière. Le projet pose ainsi la question de l’équilibre entre développement économique et protection des moyens de subsistance.
Un test pour la crédibilité internationale
Plus qu’un simple projet d’infrastructure, le corridor de Lobito apparaît comme un test grandeur nature pour les engagements internationaux en matière de chaînes d’approvisionnement responsables. L’implication de l’Union européenne et des États-Unis est particulièrement scrutée, dans un contexte de compétition mondiale autour des minerais critiques.
Entre promesses de croissance et risques écologiques, le défi reste entier : concilier exploitation des ressources, préservation des écosystèmes et inclusion des communautés locales. Un équilibre délicat, dont dépendra en grande partie la légitimité de ce projet stratégique.
Pierre Kabakila




