L’annonce de la création d’une Garde minière en République démocratique du Congo, que l’Inspection générale des mines (IGM) présente comme soutenue par des partenariats avec les États-Unis et les Émirats arabes unis, continue de susciter de vives réactions dans le secteur extractif. Jean-Pierre Okenda, président exécutif de la Sentinelle des Ressources naturelles, a vivement critiqué cette initiative, appelant le Parlement et le gouvernement à éclairer l’opinion publique sur les véritables motivations du projet.
Une décision jugée incohérente avec la politique minière
Pour lui, les autorités congolaises et leurs partenaires privilégieraient un narratif qui ne résoudra ni la fraude, ni la contrebande minière, et ce, au détriment de projets structurants attendus depuis plusieurs mois.
« La tournure que prend la mise en œuvre de l’accord à travers la priorisation de la création d’une garde minière, renforce le doute du peuple congolais quant aux retombées effectives de l’accord « minerais contre sécurité ». Ça s’apparente au schéma similaire à l’accord sino-congolais, fortement médiatisé à l’époque, mais qui n’a pas fait avancer le Congo vingt ans après », a-t-il regretté.
Des structures existent déjà
Sur le plan institutionnel, l’activiste rappelle que plusieurs structures disposent déjà de compétences en matière de contrôle, de lutte contre la fraude et de surveillance du secteur, notamment la police des mines, les brigades provinciales de lutte contre la fraude l’Inspection générale des finances (IGF) et autres services spécialisés.
« La création d’une garde minière outrepasse le mandat de l’Inspection générale des mines et énerve de nombreuses dispositions légales. La sécurisation d’une entreprise minière est-elle vraiment l’urgence ? Notre Code minier règle déjà cette question », a-t-il insisté.
Des interrogations sur l’utilité opérationnelle
Jean-Pierre Okenda s’interroge également sur la mission concrète de cette future unité, notamment dans les grands projets déjà situés dans des zones sous contrôle de l’État.
« Sécuriser les mines et accompagner l’évacuation, qu’est-ce que cela signifie concrètement ? De quelle mine parle-t-on ? Kamoa-Kakula, Tenke Fungurume Mining, par exemple, ont-t-elles besoin de gardiens qui convoient vers où concrètement ? Cela ne répond à aucun besoin urgent du secteur », a-t-il ajouté.
Appel au Parlement pour plus de transparence
Face à ces zones d’ombre, La Sentinelle des Ressources naturelles appelle le Parlement à exercer pleinement son rôle de contrôle en auditionnant les responsables de l’Inspection générale des mines (IGM) ainsi que le ministre des Mines.
« Expliquez au peuple congolais les motivations, les objectifs. Est-ce pour sécuriser les investissements américains, comme serait prévu dans les annexes de l’accord qui n’ont pas été publiées ? Tout cela interpelle le Parlement et les forces vives de la nation », a conclu Jean-Pierre Okenda.
Daniel Bawuna




