Invité sur les ondes de Radio Top Congo, Pistis Bonongo, ancien directeur général de la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO), a livré des chiffres qui relancent le débat sur la performance de cette entreprise publique stratégique du secteur aurifère de la République démocratique du Congo.
Nommé en 2022, l’ex-dirigeant affirme que la SOKIMO n’a produit que 2,46 kilogrammes d’or durant toute sa gestion, jusqu’à son départ en février 2026.
Au prix moyen du marché international de l’or en mars 2026, estimé à environ 165 000 dollars le kilogramme, cette production représenterait un peu plus de 405 000 dollars, un niveau jugé très faible pour une entreprise publique disposant d’un vaste potentiel aurifère.
Un plan de relance annoncé à près de 483 millions de dollars
Malgré ce bilan limité, Pistis Bonongo soutient avoir engagé un vaste plan de relance évalué à 482,61 millions de dollars.
Selon lui, ce programme visait à redynamiser les activités minières dans la province de l’Ituri, région réputée pour ses importantes réserves d’or mais confrontée à des défis sécuritaires et structurels.
« Nous avons doté la SOKIMO d’un cadre solide pour l’avenir », a-t-il déclaré lors de son intervention radiophonique.
Ces déclarations interviennent dans un contexte où la Société Minière de Kilo-Moto peine à rivaliser avec la production issue de l’exploitation artisanale et semi-industrielle dans cette partie du pays.
Une entreprise au lourd héritage historique
Opérateur aurifère public historique de la RDC, la Société Minière de Kilo-Moto est restée inactive pendant près de 34 ans avant une tentative de relance amorcée en 2024 sous la direction de Pistis Bonongo.
Cette relance avait notamment conduit à la production d’un premier lingot à l’usine de Nizi, dont la capacité annuelle visée était estimée à 257 kilogrammes d’or.
Cependant, en 2023, la production n’avait atteint que 1,5 tonne contre un objectif de 3 tonnes, freinée par l’insécurité persistante, les arriérés de salaires et un endettement chronique.
L’équipe dirigeante nommée en septembre 2022 par le président Félix Tshisekedi avait hérité d’une société considérée comme proche de la faillite.
Un enjeu stratégique pour l’économie congolaise
Historiquement, la concession de la Société Minière de Kilo-Moto couvre environ 83 000 km² en Ituri, ce qui en fait un acteur stratégique pour la diversification du secteur minier congolais, dominé par le cuivre et le cobalt.
Dans un contexte de cours élevés de l’or sur le marché international, une production plus importante pourrait générer des recettes significatives pour l’État, créer des emplois locaux et réduire la dépendance aux exportations de minerais bruts.
Le faible rendement actuel prive ainsi le trésor public de ressources importantes, alors que le pays fait face à des besoins croissants en infrastructures et en investissements publics.
Des controverses autour de l’ancien dirigeant
Écarté par ordonnance présidentielle dans le cadre d’un audit des entreprises extractives publiques, Pistis Bonongo fait également l’objet de poursuites devant la Cour des comptes pour des manquements présumés à la transparence financière.
Lors de son passage sur Radio Top Congo, l’ancien directeur général a reconnu ne pas avoir maîtrisé certaines obligations légales liées à la gestion d’une entreprise publique.
Ses déclarations ravivent aujourd’hui les critiques sur la gouvernance des sociétés minières publiques, alors que les autorités minières ne se sont pas encore exprimées officiellement sur ce dossier.
Dans ce contexte, la relance de la SOKIMO reste un enjeu majeur pour l’économie nationale, au moment où la République démocratique du Congo cherche à renforcer ses exportations aurifères dans un marché mondial particulièrement porteur.
Dan Bawuna




